«Un pays qu'il faut faire»

par René Lévesque
René Lévesque



En 1967, René Lévesque publie un manifeste d'une vingtaine de pages intitulé «Un pays qu'il faut faire» dans lequel il expose l'essentiel de sa pensée politique. On peut y lire:

«Nous sommes des Québécois. Ce que cela veut dire d'abord et avant tout, et au besoin exclusivement, c'est que nous sommes attachés à ce seul coin du monde où nous puissions être pleinement nous-mêmes, ce Québec qui, nous le sentons bien, est le seul endroit où il nous soit possible d'être vraiment chez nous. Être nous-mêmes, c'est essentiellement de maintenir et de développer une personnalité qui dure depuis trois siècles et demi. Au coeur de cette personnalité se trouve le fait que nous parlons français. Tout le reste est accroché à cet élément essentiel, en découle ou nous y ramène infailliblement.

«Jusqu'à récemment, nous avons pu assurer cette survivance laborieuse grâce à un certain isolement. Nous étions passablement à l'abri dans une société rurale où régnait une grande mesure d'unanimité et dont la pauvreté limitait aussi bien les changements que les aspirations. Nous sommes fils de cette société dont le cultivateur, notre père ou notre grand-père, était encore le citoyen central. Nous sommes aussi les héritiers de cette fantastique aventure que fut une Amérique presque entièrement française et, plus encore, de l'obstination collective qui a permis d'en conserver vivante cette partie qu'on appelle le Québec.»

Au sujet du danger d'assimilation dans ce continent essentiellement anglo-saxon, Lévesque écrit encore: «La seule façon de dissiper ce danger, c'est d'affronter cette époque exigeante et galopante et de l'amener à nous prendre comme nous sommes. D'arriver à nous y faire une place convenable, à notre taille (…) Cela veut dire que nous devons bâtir une société qui, tout en restant à notre image, soit aussi progressiste, aussi efficace, aussi «civilisée» que toutes les autres (...)»

Pour ce qui est d'un renouveau intéressant du régime fédéral canadien, Lévesque prédit adéquatement les interminables débats constitutionnels des 25 années suivantes lorsqu'il écrit: «Si le Québec s'engageait dans (de tels) pourparlers, ce serait bientôt le retour à la vieille lutte défensive, aux escarmouches dans lesquelles on s'épuise en négligeant le principal, aux demi-victoires qu'on célèbre entre deux défaites, avec les rechutes dans l'électoralisme à deux niveaux, les fausses consolations du nationalisme verbal et surtout, surtout - il faut le dire, le redire et le crier au besoin - cet invraisemblable gaspillage d'énergie qui est sûrement pour nous l'aspect le plus néfaste du régime (…)»

De tout cela, Lévesque en vient à la conclusion «que le Québec doit devenir au plus tôt un État souverain. Nous y trouverons enfin cette sécurité de notre «être» collectif, qui, autrement, ne pourrait que demeurer incertaine et boiteuse. Il n'en tiendra plus qu'à nous d'y établir sereinement, sans récrimination ni discrimination, cette priorité qu'en ce moment nous cherchons avec fièvre mais à tâtons pour notre langue et notre culture.»

Lévesque termine en parlant en ces termes de cette grande association économique canadienne qui était une facette indissociable de son projet de souveraineté pour le Québec: «il n'y a aucune raison pour que les voisins que nous serons ne demeurent pas, librement, des associés et des partenaires dans une entreprise commune, celle qui répondrait à l'autre grand courant de notre époque: les regroupements économiques, les unions douanières, les marchés communs, etc. (…) En résumé, nous proposons un régime permettant à nos deux majorités de s'extraire de cadres fédéraux archaïques où nos deux personnalités bien distinctes se paralysent mutuellement à force de faire semblant d'en avoir une autre en commun.

«Un régime dans lequel deux nations, l'une dont la patrie serait le Québec, l'autre qui pourrait réarranger à son gré le reste du pays, s'associeraient dans une adaptation originale de la formule courante des marchés communs, formant un ensemble qui pourrait, par exemple, et fort précisément, s'appeler l'Union canadienne.»




René Lévesque

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