LA SAGA DU COLLÈGE MILITAIRE DE KINGSTON

Une décision du gouvernement Chrétien d'y déménager les effectifs du Collège militaire Saint-Jean (le seul et unique collège militaire francophone du pays) lève le voile sur le traitement scandaleux des minorités francophones de l'Ontario.




La Presse, le 24 février 1994, page B1.
UN GESTE DE PROVOCATION, SELON LE PQ
André Pépin du bureau de La Presse, Québec


En fermant le collège militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, le gouvernement fédéral pose un geste de «provocation» à l'endroit du Québec, soutient le Parti québécois, juste au moment où un parti souverainiste a de bonnes chances de former le prochain gouvernement.

«Ce sont de fausses coupures qu'annonce Ottawa. Du camouflage qui, en réalité, n'est qu'une bonne claque dans la face du Québec», soutient le vice-président du PQ, M. Bernard Landry, précisant que sa formation a l'intention de mener un dur combat pour obtenir l'annulation de cette décision fédérale. Il exhorte le gouvernement libéral de Daniel Johnson de réclamer à grands cris la révision de cette décision annoncée mardi par le ministre des finances du Canada, M. Paul Martin.

«Ottawa n'avait pas le droit de prendre une telle décision sans l'accord du Québec puisque le collège de Saint-Jean est chapauté d'une charte québécoise, accordée par le gouvernement Lévesque à la fin des années 70», poursuit M. Landry. Celui-ci craint l'exode d'une importante brochette de professeurs et chercheurs de haut calibre qui oeuvrent présentement à ce collège. «Nos ingénieurs, nos chercheurs, l'élite dans le domaine de l'ingénierie vont devoir aller travailler en Ontario. Nous ne pouvons tolérer cela», plaide M. Landry.

La formation offerte à ce collège militaire est enviable, indique le porte-parole du PQ dans ce dossier. «C'est une excellente école de formation pour nos ingénieurs. Nous avons besoin de ce collège qu'un Québec souverain soutiendrait de toutes ses forces», explique-t-il, car ce collège prépare à des emplois spécialisés, permanents, notamment dans le domaine de l'aérospatiale. «C'est davantage un collège d'enseignement spécialisé en ingénierie qu'une école de formation militaire», a-t-il dit.

«Dans le contexte de la globalisation des marchés, nous avons plus que jamais besoin de ce collège ultra-spécialisé», ajoute-t-il. «La fermeture prévue pour 1995 nous apparaît un geste anti-démocratique puisque le gouvernement fédéral sait très bien que nous avons toutes les chances de diriger le gouvernement à ce moment-là et que nous préparerons l'accession du Québec à sa pleine souveraineté».

Les libéraux de Daniel Johnson n'ont pas levé de boucliers pour protester. Le ministre québécois des Finances, M. André Bourbeau, a même approuvé la décision d'Ottawa en déclarant: «Je serai le dernier à blâmer Ottawa pour rationaliser ses opération, s'il y a trop de ces collèges». En bout de ligne, croit M. Bourbeau, c'est le Québec qui va profiter de l'assainissement des finances canadiennes.

LA SSJB PARLE DE FUMISTERIE

La société Saint-Jean-Baptiste estime que la fermeture du Collège militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu aura «des répercussions graves pour la formation des jeunes officiers québécois». Dans un communiqué, son président général, Jean Dorion, rappelle qu'«au-delà du désastre économique, cette affaire concerne tout le Québec».

Pour M. Dorion, prétendre vouloir faire du Collège militaire de Kingston un collège bilingue est «une farce» et relève de «la fumisterie». Il rappelle la bataille qui'il a fallu livrer pour arriver à faire du Collège de Saint-Jean une institution où le français occupe une place convenable. Qui plus est, M. Dorion affirme que le Collège de Kingston, prétenduement bilingue, sera «un lieu d'assimilation des futures élites québécoises», comme ce fut toujours le cas des Forces armées canadiennes. À son avis, il est peu probable que les candidats québécois s'y précipiteront et à moyen terme, cette fermeture entraînera une baisse du nombre de francophones dans l'encadrement des Forces armées.

La Presse, jeudi le 3 mars 1994, pages A1-A2.
TENSIONS LINGUISTIQUES À KINGSTON
L'ÉCOLE FRANÇAISE DE LA BASE MILITAIRE N'A PAS LE DROIT D'AFFICHER SON NOM EN FRANÇAIS À L'EXTÉRIEUR
Chantal Hébert du bureau de La Presse, Ottawa


Pendant que le gouvernement Chrétien défend la fermeture du collège militaire de Saint-Jean en vantant l'ouverture au bilinguisme de la ville de Kingston, la seule école élémentaire de langue française de la base militaire ontarienne est un nid de tensions linguistiques et n'a même pas le droit d'afficher son nom en français à l'extérieur.

Sise à moins de deux kilomètres du Collège militaire royal de Kingston, où seraient relocalisés les élèves officiers et les instructeurs francophones du collège Saint-Jean selon les plans libéraux, l'école élémentaire du parc Niagara est une institution tourmentée par des luttes intestines. Les parents francophones, qui viennent à 70 pour cent de la base militaire, trouvent que leurs enfants s'y anglicisent. Ils s'en plaignent et sont accusés en retour d'avoir des visées séparatistes. «On vit du harcèlement», affirme sans hésitation Richard Bélzile, président de la section française du conseil scolaire de la ville de Kingston.

C'est que l'école élémentaire du parc Niagara est une école dite «mixte», c'est-à-dire que francophones et anglophones s'y côtoient: 116 écoliers francophones et 120 jeunes anglophones en immersion. En Ontario, il reste seulement cinq écoles du genre, parce que toutes les études ont démontré que ce régime pédagogique accélère l'assimilation des francophones. Selon le dernier recensement, à Kingston, un francophone sur deux abandonne sa langue maternelle à l'âge adulte.

Mais à l'école de la base militaire, le projet des francophones de séparer l'institution en deux pavillions pour assurer un climat plus français aux francophones a provoqué des réactions explosives, y compris des menaces voilées de fermeture. «Des parents anglophones nous accusent de ségrégation. Ils nous disent qu'ils comptaient sur nos enfants pour que les leurs pratiquent le français», confie un parent francophone.

En une du quotidien Whig-Standard, on pouvait voir samedi dernier une photo déchirée de l'École du parc Niagara. C'était la façon du journal d'illustrer le projet des parents francophones d'assurer à leurs enfants une vie scolaire distincte de celle des anglophones en immersion, un droit que leur reconnaît incidemment la constitution et la loi ontarienne. Et ce n'est pas le seul sujet de friction:

--Les parents francophones de la base et des environs ont tenté l'an dernier de franciser le nom de la «Niagara Park School». Leurs efforts se sont heurté aux objections des autorités militaires qui ont seulement permis d'ajouter le mot «école» devant le nom anglais de l'institution sur les panneaux extérieurs. «On voulait développer le caractère français de l'école. C'est le seul endroit où nos enfants peuvent parler français à Kingston. Quand ils sortent en ville, tout est en anglais», explique le surintendant Issam Massouh. Mais cette demande s'est heurtée au «protocole» de la base. Pas question même à l'interne de la baptiser autrement qu'école «du parc Niagara». «On ne nous a permis que la traduction officielle», rapporte Richard Belzile.

--L'an dernier, les conseillers scolaires francophones ont dû engager 10 000$ en frais d'avocats pour obtenir le transport scolaire pour la maternelle de langue française.

--Un projet de centre communautaire scolaire destiné à regrouper les ressources scolaires de langue française de Kingston sous un même toit soulève également une polémique. Plusieurs des interlocuteurs de La Presse ont insisté hier sur l'anonymat. Un conseiller a pris soins de fermer sa porte de bureau avant de poursuivre la conversation. «J'ai 20 à 30 lettres m'accusant de tous les péchés. Il y en a même qui m'envoie avec Bob Rae à Sodome et Gomorrhe», relate Richard Belzile, selon qui la vague de dénonciations n'épargne personne, comité de parents, directeurs d'école, etc.

Ce climat houleux ne ressemble guère au tableau idyllique que peignaient la semaine dernière le permier ministre Jean Chrétien et son ministre de la Défense en parlant du choix de Kingston comme solution de rechange au Collège militaire de Saint-Jean. «Il est possible d'avoir au Canada des institutions qui peuvent donner une éducation française de première classe en-dehors du Québec. Et c'est cela le vrai Canada, c'est-à-dire la protection du français dans tout le Canada», clamait jeudi dernier le premier ministre.

«La ville de Kingston est un centre urbain très développé et très sensible à la dualité linguistique canadienne», surenchérissait le lendemain le ministre David Collenette.

À Kingston, les francophones ne camouflent pas les difficultés de leur existence dans un milieu majoritairement anglophone. Ils espèrent que le déplacement vers Kingston des ressources du collège militaire de Saint-Jean améliorera leur sort. «De mon point de vue, je veux absolument que les gens du collège Saint-Jean arrivent à Kingston. Ce serait une bénédiction. Ça me donnerait de la force, du pouvoir, des gens intelligents pour renforcer la francophonie», avour Richard Belzile.

La Presse, vendredi le 4 mars 1994, pages A1-A2.
KINGSTON EST RÉFRACTAIRE AU BILINGUISME
«NE FERMEZ PAS SAINT-JEAN», IMPLORE LA FÉDÉRATION DES COMMUNAUTÉS FRANCOPHONES DU CANADA
Chantal Hébert du bureau de La Presse, Ottawa


Loin d'être une serre chaude pour le bilinguisme officiel, la région de Kingston, en Ontario, est un endroit où les francophones, qui y sont minoritaires, vivent une des situations les plus difficiles au pays.

Cette évaluation est celle de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, un organisme pan-canadien qui oeuvre sur le terrain auprès des minorités francophones de toutes les provinces et qui demande au premier ministre Jean Chrétien de reviser la décision de fermer le collège militaire de Saint-Jean au profit de cours bilingues à Kingston. Selon la Fédération, cette région ontarienne est particulièrement réfractaire au bilinguisme. À l'échelle canadienne, Kingston se distinguerait par son hostilité à cet égard.

«C'est une situation pénible, relate le directeur général de la FCFA, Marc Godbout. C'est à cause de l'environnement. On est en terre loyaliste dans ce coin-là et le milieu est résistant à tout ce qui peut être perçu comme bilingue ou francophone.»

À la Fédération, on accumule déjà depuis quelques années les cas problèmes impliquant la minuscule communauté francophone de Kingston. En particulier, les droits scolaires qu'assure en principe la constitution aux quelques milliers de francophones de la région sont systématiquement bafoués. Voici quelques exemples:

Caricature de Girerd
La Presse, 6 mars 1994


--L'école secondaire catholique de langue française de la ville est aménagée depuis plusieurs années dans des installations de fortune; il n'y a pas d'eau courante; les étudiants doivent se rendre dans une école anglaise adjacente pour utiliser les toilettes, etc…

--L'école élémentaire de la base militaire échappe au contrôle des parents francophones, à qui la Charte des droits donne pourtant la pleine gestion de leurs institutions scolaires. Les autorités administratives de la base reconnaissent seulement son existence sous le nom de «Niagara Park School» et l'ont classé comme une école «bilingue» où sont accomodés une centaine d'écoliers anglophones inscrits en immersion française.

--Il n'y a aucun service gouvernemental en français à Kingston. Selon la loi ontarienne, il faut compter au moins 10 pour cent de francophones pour avoir droit à des services bilingues, alors qu'ils ne comptent que pour 2 pour cent dans la région.

Même si elles se limitent habituellement au secteur scolaire, chaque initiative en matière de droits francophones y soulève les passions. «Les francophones là-bas ont déjà fait l'objet de menaces», précise Marc Godbout, dont la Fédération est déjà intervenue pour tenter d'améliorer la situation des francophones de Kingston. Un projet de centre communautaire scolaire pour eux y est en chantier depuis des années mais il n'a toujours pas débloqué. «Ce n'est pas la fête. Quand le gouvernement fédéral choisit Kingston pour remplacer une institution militaire du Québec, tu te grattes un peu la tête», ajoute-t-il.

Si certains ténors de la communauté de langue française à Kingston souhaitent personnellement l'arrivée parmi eux d'éléments francophones en provenance du collège militaire de Saint-Jean, la Fédération estime plutôt que ces renforts seraient immédiatement engloutis dans la masse anglophone environnante.

Les institutions bilingues en milieu majoritairement anglophones sont généralement des foyers d'assimilation, explique-t-on, études à l'appui. À ce titre, la majorité des organismes qui oeuvrent parmi les communautés francophones hors Québec n'en préconisent pas l'amménagement. Cette assimilation appréhendée à la majorité anglophone semble d'ailleurs toute naturelle au maire de la ville de Kingston, qui a déclaré à Radio-Canada avant-hier qu'il faisait bon accueil à l'arrivée des contingents militaires francophones en provenance du collège militaire de Saint-Jean et qu'il ne prévoyait pas de problème d'intégration puisqu'il suffirait de «marier les Français avec les Anglais.»

La Presse, dimanche le 6 mars 1994, pages A1-A2.
PAS DE SERVICES EN FRANÇAIS À KINGSTON
LE GOUVERNEMENT RAE APPLIQUE DE FAÇON ARBITRAIRE LA LOI DE 1986 SUR LES LANGUES OFFICIELLES
Gilles Paquin, Kingston.


Les étudiants et les employés du Collège militaire de Saint-Jean qui déménageront à Kingston seront traités comme des citoyens de deuxième classe par l'Ontario, car le gouvernement de Bob Rae refuse de garantir des services en français dans cette région.

À moins de rencontrer un fonctionnaire bilingue tout à fait par hasard, impossible de recevoir des soins de santé, d'obtenir un permis de conduire ou de traiter avec les autres services provinciaux, à Kingston, dans la langue de la minorité. La ville de Kingston est encore plus réfractaire au français puisque son conseil municipal a même repoussé, il y a quelques années, une résolution exigeant simplement que les contraventions de stationnement soient rédigées dans les deux langues officielles.

«Quand on vit en minorité et qu'on veut conserver sa langue, on fait un choix personnel qui exige un effort», commente à ce sujet l'agent de développement de l'Association canadienne-française de l'Ontario, Jeannine Proulx. Le gouvernement de l'Ontario a pourtant adopté une loi sur les services en français, en 1986, dans le but de rendre la vie plus facile aux francophones, mais il l'applique de manière «arbitraire et discriminatoire» selon les régions, dit-elle. L'organisme qui représente 350 000 Franco-Ontariens tente depuis quatre ans d'amener l'Ontario à étendre ses services en français aux quelques 4800 francophones de la région de Kingston. Il a d'ailleurs soumis un nouveau mémoire faisant état des données du dernier recensement au ministère des Affaires francophones, Gilles Pouliot, en février 1993.

«Nous n'avons même pas reçu de réponse officielle du ministre, les fonctionnaires se contentent de nous dire entre les branches que notre requête a été rejetée», dit avec dépit Jeannine Proulx. Selon elle, la loi de Queen's Park garantissant les services en français laisse une très grande latitude au Conseil des ministres à ce sujet. L'Office responsable des affaires francophones recommande tout simplement au gouvernement de désigner des régions où les citoyens ont droit à des services bilingues. L'Office semble retenir pour critère le nombre de francophones dans une région, soit 10 pour cent de la population ou 5000 personnes de langue française, ajoute le mémoire, mais ces chiffres ne se trouvent pas dans la loi. C'est néanmoins la règle adoptée par Toronto lors du choix des 22 agglomérations bilingues découpant la province en zones avec ou sans droits linguistiques.

«Les politiciens ne voulaient pas aller plus loin de crainte de susciter un ressac parmi les anglophones opposés aux services en français. Cela est discriminaoire et pourrait être contesté devant les tribunaux», affirme Benoît Cameron, un bibliothécaire de Kingston originaire du Québec. À son avis, il est tout à fait arbitraire et injuste d'offrir des services seulement à certains citoyens en fonction de leur nombre. Elle fait de ceux qui sont exclus des citoyens de «deuxième classe», dit M. Cameron. Lui-même bibliothécaire au Collège militaire de Kingston, il souligne que cette institution fédérale offre pour sa part des cours en français dans plusieurs disciplines et possède une collection importante d'ouvrages en français.

En revanche, il n'y a pas de librairie française dans la ville et seulement de rares dépositaires de journaux qui vendent les quotidiens de Montréal. Les revues du Québec et même le quotidien français de Toronto, l'Express, ne sont disponibles que sur abonnement.

Côté culturel, le Centre Frontenac regroupe une vingtaine d'organismes francophones de la région pour offrir du théâtre, des ateliers et divers services communautaires aux oubliés des loisirs municipaux. Ses moyens sont toutefois très restreints et ses locaux, une vieille maison de deux étages, bien restreints.

«En dehors de ces groupes francophones et des lieux où ils se rencontrent, nous vivons en anglais. L'assimilation est présente jusque dans les couloirs de l'école française», avoue le président du Centre, Normand Dupont.

Un seul centre communautaire ce n'est pas beaucoup pour répondre aux besoins des francophones de la région, mais c'est encore trop, trop cher, pour Roland Ormerod, un ancien membre de l'Association for the Protection of English Canada (APEC) et militant du Reform Party. Le Reform a obtenu seulement 12 pour cent des voix à Kingston lors des dernières élections fédérales, mais c'est que le parti n'était pas encore très bien organisé dans la région soutient Ormerod, un homme d'affaire de 78 ans qui a quitté le Québec dans le «deuxième convoi de la Brinks».

«Les anglos manquent de fortitude intestinale pour s'occuper de leurs affaires. Ils se laissent tondre par les bureaucrates et diriger par les immigrants. C'est plein de Pakistanais dans la Fonction publique», note le vieil homme d'affaire à la retraite. S'il craint de voir le Centre communautaire engouffrer dix ou quinze millions provenant des taxes des protestants anglophones, il se réjouit de voir Ottawa déménager à grands frais les étudiants du Collège de Saint-Jean à Kingston. Cela compensera pour tout ce que l'ancien ministre de la Défense a donné au Québec, dit Ormerod. La ville est prête à recevoir les cadets et les professeurs, dit-il, on va même leur construire une école neuve.

S'il n'en tenait qu'à Roland Ormerod il n'y en aurait cependant pas d'école française. Il n'y a pas assez d'enfants pour que cela vaille la peine, dit-il, et ce n'est pas le moment quand on ferme des lits d'hôpitaux. Quant à la loi sur les services en français… à la poubelle.

Pendant ce temps les journalistes du seul quotidien de Kingston, The Whig-Standard, analysent les relations difficiles entre les parents anglophones et francophones en se demandant comment rendre leur ville accueillante pour les gens de Saint-Jean.


L'école Marie-Rivier de Kingston, La Presse du 6 mars 1994
Photo: Ian MacAlpine


La Presse, dimanche le 6 mars 1994, page A2.
À KINGSTON, L'ÉCOLE SECONDAIRE FRANÇAISE LOGE DANS DES ROULOTTES
Gilles Paquin, Kingston.


Les militaires et les employés de la base et du Collège militaire de Kingston sont plus ou moins satisfaits des installations scolaires de cette ville, cela dépend si leurs enfants fréquentent les écoles françaises ou anglaises. Le degré de satisfaction variable des parents s'explique facilement lorsqu'on visite les écoles des conseils scolaires desservant les deux groupes linguistiques inégaux de cette ville de garnison.

À dix minutes de la base, rue Division, on trouve le Regiopolis High School, une institution qui reçoit plus de 1000 élèves de langue anglaise dans un complexe moderne doté de tous les services imaginables; à 20 mètres de là, abritée par une grappe de roulottes préfabriquées exigue, il y a l'école secondaire française Marie-Rivier et ses 88 étudiants.

Il n'est pas nécessaire de faire une longue description lorsqu'on parle de l'école Marie-Rivier, il est par contre plus long d'énumérer tout ce qui manque dans ces locaux temporaires en place depuis 1988. Heureusement que Regiopolis est là, juste à côté, puisque les élèves francophones peuvent y suivre certains cours particuliers et s'y rendre pour aller aux toilettes. La différence entre les deux institutions est si grande qu'elle rebute les parents d'une bonne partie de la clientèle francophone. Ceux-ci préfèrent inscrire leurs enfants à l'école anglaise plutôt que de les envoyer dans une école en transit depuis sept ans.

De l'avis de certains professeurs, l'école secondaire française de Kingston pourrait doubler sa clientèle en quelques années si elle était installée dans un immeuble de même qualité que ses rivales anglophones. Cela lui permattrait, bien sûr, d'offrir des services plus complets et d'insuffler une nouvelle fierté à la communauté, disent-ils.

Le gouvernement de l'Ontario s'est engagé à fournir sept millions de dollars, l'an prochain, pour donner aux enfants de Marie-Rivier une école digne de ce nom. Mais le regroupement des deux écoles secondaires françaises, soit la protestante et la catholique, n'a pas encore été accepté par le Conseil scolaire anglophone qui gère les biens fonciers de ces institutions. La Charte canadienne des droits et libertés affirme pourtant que les minorités ont droit à la gestion de leurs écoles «lorsque le nombre le justifie», une limite qui a fait l'objet de multiples et interminables procédures devant les tribunaux.

Les immeubles des écoles primaires de langue française de Kingston, quant à eux, rencontrent les normes des édifices scolaires modernes. Il reste cependant que les groupes d'immersion anglophones cohabitent avec les classes françaises au détriment de langue parlée des minoritaires. C'est une affaire en voie de se régler, disent les représentants francophones au sein du Conseil scolaire dominé par les anglophones, mais cela se fait avec des crises et des tensions dont ils auraient préféré se passer.

Pour les étudiants du niveau collégial, il n'y a aucun problème à Kingston, on expédie tout simplement les jeunes francophones à Ottawa ou à Cornwall. Voilà.

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