LE FLEURDELISÉ DU QUÉBEC Drapeau du Québec


Historique:

C'est en l'an 507 qu'apparaît pour la première fois la fleur de lys sur le drapeau de Clovis, Roi des Francs. La fleur de lys devait à jamais symboliser la royauté française. Beaucoup plus tard, c'est lors de la guerre de Cent ans (1337-1453) que les peuples de France adoptèrent définitivement la croix blanche. Il revient toutefois au roi Charles VII de former un drapeau populaire, fait d'un champ d'azur parsemé de lis d'or et traversé par une croix blanche, pour cimenter l'unité politique de la France. Selon la tradition venue du Moyen Âge, il symbolise la culture du peuple français qui est à la fois chrétienne et occidentale.

Blason de la France Au XVIe siècle, la fleur de lys fait son apparition en Amérique. La croix que Jacques Cartier planta à Gaspé en 1534, portait un écusson avec trois fleurs de lis. Plus tard, le navire sur lequel Champlain voyageait portait à son mât un étendard bleu azur et blanc, le blanc en forme de croix. En Nouvelle-France, les représentants du roi, la chevalerie et les miliciens arborèrent tour à tour des drapeaux qui comprenaient un, deux ou même trois éléments de ce qui deviendrait le drapeau du Québec.


Puis vint la bannière de Carillon. Elle était azur avec des fleurs de lis blanches disposées aux quatre coins: fait presqu'exclusif aux Français d'Amérique. D'autant plus que Carillon fut une grande victoire. Cliquez ici pour plus de détails sur cette grande bataille de 1758. Deux ans plus tard, juste avant la capitulation de Montréal en 1760, Lévis fait brûler les drapeaux des régiments français. Les fleurs de lis seront absentes du ciel québécois pendant 200 ans.

En 1834, à l'époque où les seuls à utiliser le terme «Canadien» sont les habitants francophones de la vallée du Saint-Laurent, la Société Saint-Jean-Baptiste consacre la feuille d'érable emblème officiel en ces termes éloquents : «Cet arbre - l'érable - d'abord jeune et battu par les vents, semble dépérir, puisant difficilement sa nourriture à même la terre. Mais le voilà bientôt tendre ses rameaux vers le ciel, grand et fort, faisant fi des tempêtes et triomphant du vent, maintenant impuissant devant sa force. L'érable est le roi de nos forêts; il symbolise le peuple canadien.» Le gouvernement fédéral d'Ottawa s'appropriera par la suite ce symbole qui figure aujourd'hui sur le drapeau canadien (depuis 1964).

feuille d'érable

Le Carillon-Sacré-Coeur En 1924, s'inspirant d'une brochure publiée en 1903 par l'abbé Filiatrault, la société Saint-Jean-Baptiste adopte un drapeau quasi identique au fleurdelisé actuel. Il arbore en son centre une image du Sacré-Coeur entouré de feuilles d'érable. Ils l'appelèrent le Carillon-Sacré-Coeur.


En 1947, un vaste mouvement d'opinion publique se met en branle afin de sensibiliser l'Assemblée législative à la nécessité de doter le Québec d'un drapeau national. Les gens du Québec considèrent inacceptable que le Canada n'ait toujours pas de drapeau distinctif et sont choqués qu'Ottawa s'oppose à remplacer le drapeau rouge avec le Union Jack en médaille (le red ensign britannique à droite). Puisque Ottawa refuse de bouger, Québec aura son drapeau. Le 2 décembre 1947, le député Chaloult dépose une motion à l'Assemblée nationale afin de doter le Québec d'un drapeau. Elle doit être débattue le 21 janvier 1948. Drapeau du Canada britannique
Le drapeau du Canada
jusqu'en 1964


Maurice Duplessis est alors Premier ministre du Québec. Il n'est pas opposé au fleurdelisé mais il a quelques réserves. Il y a beaucoup de bleu sur le drapeau. Il s'inquiète de la réaction de l'opposition formée des libéraux, les «rouges»...

Enfin, on décide de redresser les fleurs de lys qui étaient orientées vers l'intérieur. Le matin même où la motion Chaloult doit être discutée en Chambre, un arrêté reçoit l'approbation unanime du Conseil des ministres, consacrant le fleurdelisé comme drapeau officiel du Québec.

C'est donc le 21 janvier 1948, peu avant trois heures, que le drapeau du Québec, tel que nous le connaissons aujourd'hui, flotta pour la première fois sur l'Hôtel du Parlement. Devant les députés qui ovationnent, Maurice Duplessis présente son drapeau au Québec. Le fleurdelisé devient l'emblème distinctif du Québec, des Québécoises et des Québécois.

Symbolisme:

La composition héraldique du drapeau est la suivante: «D'azur à la croix d'argent cantonnée de quatre fleurs de lis du même». L'argent est représenté par la couleur blanche du tissu du drapeau. Comme nous l'avons vu plus haut, la croix blanche est le symbole d'une nation catholique et tire son origine du Moyen Âge.

Pour sa part, le bleu azur est apparu vers l'an mille comme marque de l'autorité française. Quant aux fleurs de lis dorées, elles ont été vite reconnues comme le symbole de la monarchie française. Au Québec, les fleurs de lis blanches (ou argentées) nous rappellent la fondation d'une France nouvelle en Amérique.

lys blanc
Le lis blanc
Les armoiries du Québec:

premières armes du Québec Les premières armes du Québec lui furent accordées par mandat de la reine Victoria en 1868. En 1883, la devise «Je me souviens» y est ajoutée par son auteur, Eugène Taché, architecte et sous-ministre, lors de la construction du palais législatif à Québec. Cette devise n'a jamais reçu la sanction royale.

C'est en 1939 que le gouvernement québécois adopte les armoiries actuelles de la province, suite à une étude de l'héraldiste Maurice Brodeur. Ce changement répond au désir de rendre les armoiries plus conformes aux réalités historiques du Québec. On décrit le nouveau blason comme suit: «Tiercé en fasce: d'azur, à trois fleurs-de-lis d'or; de gueules, à un léopard d'or armé et lampassé d'azur; d'or, à une branche d'érable à sucre à triple feuille de sinople, aux nervures du champ. Timbré de la couronne royale. Sous l'écu, un listel d'argent bordé d'azur portant la devise JE ME SOUVIENS du même». Les armoiries du Québec


Le chef de l'écu, d'azur à trois fleurs de lis d'or, symbolise la naissance du Canada et son premier régime politique (en 1376, le roi de France, Charles V décréta qu'elles seraient limitées à trois, en l'honneur de la Sainte-Trinité). Au centre, les armoiries représentent le second régime politique, avec un léopard identique à ceux que comportent les armoiries britanniques. La pointe de l'écu montre les feuilles d'érable à sucre qui représentent la terre canadienne. Elles sont l'emblème particulier du Québec où l'industrie du sucre d'érable est l'un des principaux produits naturels. La couronne héraldique de la Grande-Bretagne apparaît au-dessus de l'écu. Selon l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, le souverain britannique est le défenseur des droits des Canadiens de langue française.

Je me souviens:

La devise du Québec figure officiellement au bas des armoiries du Québec depuis 1939 mais elle était déjà utilisée depuis 1883, fruit de l'imagination et de l'initiative du concepteur de l'Hôtel du Parlement, Eugène-Étienne Taché.

En effet, Taché avait prévu de placer les armes de la province au-dessus de la porte principale de l'Hôtel du Parlement et d'y inscrire une devise de son cru : «Je me souviens». Il prépara des plans à cette fin et ils furent annexés au contrat de construction passé en 1883 sous l'autorité d'un arrêté du Conseil exécutif. C'est ainsi que la devise imaginée par Taché a été ratifiée par le gouvernement québécois.

Plusieurs auteurs ont cherché le sens de cette devise. André Duval y voit la réponse d'un sujet canadien-français à la devise du marquis de Lorne, gouverneur général du Canada, qui se trouve dans le vestibule de l'Hôtel du Parlement : «Ne obliviscaris» (Gardez-vous d'oublier). Conrad Laforte croit que Taché s'est inspiré du Canadien errant d'Antoine Gérin-Lajoie : «Va, dis à mes amis, que je me souviens d'eux».

Ces interprétations récentes (années 1970) ne semblent plus correspondre à celles qui circulaient au tournant du siècle chez des contemporains du concepteur de la devise et qui ont plus de chances de coller à sa pensée qu'il n'a malheureusement jamais mise sur papier.

Le juge Jetté, dans un discours de 1890, évoquait les sentiments des Canadiens lorsque le drapeau français réapparut sur le fleuve en 1855 : «Oui, je me souviens, ce sont nos gens». D'après Pierre-Georges Roy, cette devise dit «clairement le passé, le présent et le futur de la seule province française de la Confédération canadienne». Ernest Gagnon, qui était secrétaire du département des Travaux publics à l'époque et qui a bien connu Taché, écrit que cette devise résume admirablement «la raison d'être du Canada de Champlain et de Maisonneuve comme province distincte dans la Confédération».

L'interprétation de monsieur Gagnon est probablement très proche des intentions de Taché. En concevant la décoration de l'Hôtel du Parlement, ce dernier voulait rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont marqué l'histoire du Québec.



Sources:

Ministère de la Justice, service de l'information du Québec, 1977.

Le Carillon Sacré-coeur est utilisé avec la permission de Luc Baronian. Son excellent site de vexillologie de l'Amérique française figure sur ma page de liens. Allez y jeter un coup d'oeil!




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