LETTRE DU PRÉSIDENT ROOSEVELT



Voici un extrait d'une lettre écrite par le Président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, au Premier Ministre du Canada, Lyon Mackenzie-King, le 18 mai 1942.
«Lorsque j'étais enfant pendant les années 1890, je voyais beaucoup de Canadiens français qui avaient assez récemment emménagé dans la région de New Bedford et près de l'ancienne résidence Delano à Fair Haven. Ils n'avaient vraiment pas l'air à leur place dans ce qui était encore une vieille communauté de la Nouvelle-Angleterre. Ils se regroupaient d'eux-mêmes dans les villes ouvrières et se mêlaient très peu à leurs voisins. Je me souviens que la vieille génération secouait la tête en disant: «Voilà un nouvel élément qui ne s'assimilera jamais. Nous assimilons les Irlandais mais ces gens du Québec ne veulent même pas parler anglais. Leurs corps sont ici mais leurs esprits sont au Québec.»

FDR
Aujourd'hui, quarante ou cinquante ans plus tard, la souche canadienne-française du Maine, du New Hampshire, du Massachusetts et du Rhode Island commence enfin à s'intégrer dans le melting-pot américain. Ils ne votent plus selon les instructions de leurs églises ou de leurs clubs. Ils épousent des gens de la souche d'origine, l'anglo-saxonne; ce sont de bons et paisibles citoyens et la plupart parlent l'anglais à la maison.

À vue de nez, je dirais que d'ici deux générations ils seront complètement américanisés et commenceront à essaimer dans les États du Midwest, du Centre et de l'Ouest.

Tout cela m'amène à me demander si le Canada et les État-Unis, tendant ensemble vers un but commun, ne pourraient pas établir une sorte de planification - qui n'aurait pas besoin d'être écrite, ni même rendue publique - qui nous permettrait d'atteindre plus rapidement notre objectif d'assimiler les Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre et les Canadiens français du Canada dans l'ensemble de nos sociétés respectives. On peut, bien sûr, procéder de plusieurs façons, selon les circonstances locales. On pourrait peut-être leur faire miroiter de meilleures chances de réussite dans d'autres régions du Canada et des USA et, en même temps, offrir plus d'occasions aux non-Canadiens français de se mêler davantage à l'autre groupe ethnique dans ses propres communautés.

Autrement dit, après presque deux cents ans passés avec vous et après soixante-quinze ans avec nous, il n'y a, semble-t-il, aucune raison valable pour que subsistent de grandes différences entre cette population d'origine canadienne-française et celle des autres souches raciales.»

Mackenzie King ne répond pas aux suggestions de Roosevelt et il les passe complètement sous silence dans sa lettre subséquente.




LISÉE, Jean-François, DANS L'ŒIL DE L'AIGLE : WASHINGTON FACE AU QUÉBEC, Boréal, Québec, 1991.




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