Le dernier-né des délires de la droite canadienne
Attachez votre turban avec de la broche, après Adolf Bouchard, voici Oussama ben Boisclair

Biz
Membre du groupe Loco Locass
Le Devoir, Édition du mardi 15 août 2006.


Ainsi si Céline est antisémite pis qu'icitte on est franco, Ipso facto, on se mérite le titre d'ostie de fachos. Tout ça m'irrite, surtout qu'on oublie vite qu'en Ontario, Les plages un jour furent interdites aux juifs, aux chiens pis aux négros. Dans l'ordre pis texto
-- Loco Locass, La Censure pour l'échafaud


Lorsqu'ils perçoivent les spécificités culturelles québécoises (qui nous distinguent par-delà tout statut politique), les Canadiens les considèrent au mieux comme de gentilles curiosités qui égaient la fédération, au pire comme d'immondes anomalies à laminer. Le conflit au Liban révèle un exemple des abyssales différences entre Canadiens et Québécois. Selon les sondages, nous serions ici plus nombreux que dans le ROC à trouver que le gouvernement d'Israël exagère en bombardant des civils libanais pour éradiquer une organisation terroriste.

Cet écart de perception a fourni à la journaliste du National Post Barbara Kay l'occasion de tartiner son fiel sur le dos des Québécois. Dans un article intitulé «The rise of Quebecistan» (article reproduit au bas de cette page), elle reproche aux chefs souverainistes Duceppe et Boisclair d'avoir participé à une marche pour la paix qui a rassemblé 15 000 personnes à Montréal le 6 août dernier. Puisqu'on y a aperçu quelques drapeaux du Hezbollah, elle déduit que cette manifestation était anti-israélienne et proterroriste.

En fait, pour la correspondante du Post, le réel est très simple : tous ceux qui n'appuient pas inconditionnellement les actions du gouvernement israélien sont antisémites et proterroristes. Et Mme Kay de conclure avec un sombre trémolo dans le clavier : «Would an independent Quebec be a friend to terrorists ?»

Discréditer l'indépendance

Les fédérés ne savent plus comment discréditer l'indépendance aux yeux des Québécois. La dernière flèche de leur carquois est aussi pathétique que minable : associer l'élite souverainiste aux idées les plus ignobles. Dans les journaux canadiens, le gène maléfique des souverainistes mute selon les époques. En 1976, Lévesque et sa bande étaient communistes. En 1995, Bouchard était un nazi. Onze ans plus tard, Duceppe et Boisclair soutiennent les terroristes.

L'ennemi évolue, mais c'est toujours la même logique d'épouvantail extrémiste. Mené par de tels chefs, que serait un Québec indépendant sinon un nouveau terreau à terroristes en terre d'Amérique ?

J'exagère ? L'original est encore mieux. «Think about what this would mean if Quebec ever were to become independent, and detached from the leadership of politicians who know the difference between a democracy and a gang of fanatical exterminationists.»

On se croirait dans Bon cop, bad cop, tellement la caricature est grossière.

Heureusement, les lumières canadiennes révèlent au grand jour l'émergence de ce sombre Quebecistan : «Complacent Canadians think it can't happen here. It won't if our political class takes its cue from the principled Stephen Harper rather than the shameless Quebec politicians who led that pro-terrorist rally.» Saint Stephen, délivrez-nous de nos démons !

Ce pourrait être drôle si Mme Kay était une illuminée engagée par un mensuel évangéliste albertain. Mais elle travaille pour un quotidien national, dont l'éditeur a défendu les propos en affirmant que le Québec avait une longue histoire antisémite. Parce qu'elles sont partagées plus ou moins tacitement par de nombreux Canadiens, les élucubrations de Kay (aussi farfelues soient-elles) méritent qu'on y réponde sérieusement.

La paix d'abord

Rappelons que la marche à laquelle ont participé Duceppe et Boisclair était en faveur de la paix au Moyen-Orient. Elle rassemblait des personnes de toutes allégeances : des Québécois juifs, des Québécois dits de souche, des Québécois arabes, des souverainistes et des fédéralistes (à moins que Denis Coderre n'ait viré son capot au cours de l'été).

Même s'ils ont été hués par une certaine partie de la foule, Duceppe et Boisclair ont clairement (et avec raison) rappelé le droit d'Israël à se défendre. À ma connaissance, aucun discours de ces deux hommes ne contient la moindre parcelle d'antisémitisme ou de racisme, et ce, tout simplement parce que les chefs souverainistes sont à l'image de l'immense majorité des Québécois : ouverts, pacifistes et respectueux des différences.

C'est tout de même curieux que la droite canadienne perçoive les Québécois comme des sympathisants islamistes radicaux alors qu'elle dénonce leur manque de tolérance religieuse au sujet du kirpan à l'école. Quoi qu'il en soit, il semble que les Québécois traînent le boulet d'un lourd passé antisémite, qui expliquerait notre sympathie envers les Arabes. Cela nous a tellement été répété qu'on a fini par le croire.

Dans une lettre ouverte au quotidien Le Devoir, l'historien Michel Gaudette imputait ce prétendu antisémitisme aux relents de catholicisme qui subsisterait dans notre inconscient collectif. Cela me semble un peu court. C'est oublier que les croisés catholiques ont aussi massacré des Arabes au nom de leur foi. Au Québec comme ailleurs, la religion catholique a souvent été intolérante envers l'autre.

Affaire de langue

Je ne suis pas historien, ni politologue, mais Montréalais depuis presque dix ans. C'est à ce titre que je vais tenter une hypothèse pour expliquer en partie les nuances qui distinguent les Québécois des autres Nord-Américains dans leur interprétation du contentieux arabo-israélien.

Au Québec, l'indigestion religieuse des années soixante nous a rendus allergiques à toute forme de foi dans la sphère publique, qu'elle soit catholique, juive ou musulmane. Je postule donc que ce n'est pas la religion qui influence nos positions mais la langue. À Montréal, tout le monde connaît au moins un Arabe. Que ce soit au restaurant, dans un taxi ou à l'épicerie, on peut discuter avec eux parce qu'ils parlent français. Et de quoi croyez-vous qu'on parle ces temps-ci ? Je ne dis pas qu'on nous lave le cerveau mais que nous sommes exposés à une autre vision.

La communauté juive a fait le choix de la discrétion et de l'anglophilie (hormis les Séfarades, qui sont francophones). C'est son droit le plus strict. Mais elle ne doit pas s'étonner que les Québécois comprennent mieux le point de vue des Arabes francophones. Pour exposer ses positions, la communauté juive doit faire un effort pour apparaître en français aux Québécois. Après tout, elle le réussit très bien en anglais avec les Canadiens.

Et puis, une fois pour toutes, ce n'est pas parce que les Québécois se montrent sensibles aux malheurs des civils libanais qu'ils sont antisémites. Ce n'est pas malsain de critiquer un gouvernement qui perd tout sens de la mesure, c'est un devoir. Un devoir qui incombait notamment au Canada du temps de Pearson et de Trudeau. Un devoir qui échoit maintenant au Québec, minuscule -- et désormais unique -- contrepoids à l'hégémonie de la pensée anglo-saxonne en Amérique.

Madame Kay, vous prétendez redouter l'émergence d'une république totalitaire et obscurantiste au Québec. N'ayez crainte, la nuance se porte très bien ici. Par contre, à votre place, je m'inquiéterais davantage de la vassalité inconditionnelle du Canada à l'Empire états-unien. C'est que le bigot W n'est pas réputé pour la subtilité de sa gouvernance.

Un conseil en terminant. Vous cherchez des terroristes ? Commencez donc par nettoyer votre cour. Aux dernières nouvelles, c'est à Toronto que se terrait la terreur.



Cette lettre ouverte fut publiée suite à la parution de cet article dans les pages du National Post:



The rise of Quebecistan
Barbara Kay, National Post
Published: Wednesday, August 09, 2006


MONTREAL - In his Montreal Gazette column yesterday, Don MacPherson projected a worrying Quebec trend with startling candour: "It's finally becoming respectable again to express support for terrorists."

So it has. On Sunday, 15,000 Quebecers, mostly Lebanese-Canadians, marched for "justice and peace" in Lebanon. That sounds benign, but in fact the march was a virulently anti-Israel rally, and scattered amongst the crowd were a number of Hezbollah flags and placards. Leading the parade were Bloc Quebecois chief Gilles Duceppe, Liberal MP Denis Coderre, PQ chief Andre Boisclair, and Amir Khadir, spokesman for the new far-left provincial party, Solidarite Quebec.

All four politicians had signed a statement by the organizers the day before the march, in which Israel is lambasted for its depredations in Lebanon, Gaza and the West Bank -- but the word "terrorism" is never mentioned, nor Hezbollah assigned any blame for the war.

In their speeches at the conclusion of the march, Messrs. Coderre and Duceppe did not condemn terrorism, did not mention Israel's right to defend itself, and spoke only of Lebanese civilian suffering. As a sop to the Quebec-Israel Committee, which had taken out full-page ads calling on the march's leaders to condemn terrorism, however, they called for the disarming of Hezbollah as part of a negotiated ceasefire.

For this, they were roundly booed by the crowd.

These politicians are playing a dangerous game. They have no political support from Jews (who are all federalists), so have nothing to lose in courting anti-Israel Arab groups. There are at least 50,000 Lebanese-Canadians in the Montreal area. We can expect those numbers to swell as Hezbollah-supporting residents of southern Lebanon cash in on their Canadian citizenship and flee to the safety of Quebec. Under the circumstances, it may be politically convenient for some left-wing Quebec politicians to stoke fires of enthusiasm for Hezbollah -- an organization officially classified as a terrorist group by the Canadian government. Yet it would be disastrous for the future of the province.

But after the thumping they took from the Conservatives in the last federal election, Quebec separatists are desperate for votes, and apparently not too morally fussy about how they get them. Their official endorsement of last week's one-sided document and their prominent presence at the march was a calculated appeal to dangerous elements in Quebec society. As MacPherson also pointed out in his column, "if [their support for the statement and the march] did not invite Hezbollah sympathizers to participate, it also contained nothing to discourage them from doing so."

Left-wing Quebec intellectuals and politicians (Pierre Trudeau being an obvious example) have always enjoyed flirtations with causes that wrap themselves in the mantle of "liberation" from colonialist oppressors -- including their very own home-grown Front de Liberation du Quebec (FLQ), which gave them a frisson of pleasure as it sowed terror throughout Canada in the late '60s with mailbox bombs, kidnappings and a murder. Their cultural and historical sympathy for Arab countries from the francophonie -- Morocco, Algeria, Lebanon -- joined with reflexive anti-Americanism and a fat streak of anti-Semitism that has marbled the intellectual discourse of Quebec throughout its history, has made Quebec the most anti-Israel of the provinces, and therefore the most vulnerable to tolerance for Islamist terrorist sympathizers.

Think about what this would mean if Quebec ever were to become independent, and detached from the leadership of politicians who know the difference between a democracy and a gang of fanatical exterminationists. You can bet that Hezbollah would be off the official terrorism list by Day two of the Republic of Quebec's existence. By Day three, word would go out to the Islamosphere that Quebec was the new "Londonistan," to cite the title of a riveting new book by British journalist Melanie Phillips, chronicling the rise of militant Islam in her country.

Complacent Canadians think it can't happen here. It won't if our political class takes its cue from the principled Stephen Harper rather than the shameless Quebec politicians who led that pro-terrorist rally. Harper needs Quebec votes every bit as much as Messrs. Duceppe and Boisclair if he expects to achieve a majority government in the next federal election, but unlike them, he isn't willing to sell his soul.

The devil is always on the lookout for the moral relativism that signals a latter-day Faust, and it seems he has found some eager recruits amongst Quebec's most prominent spokespeople.






Propos haineux anti-québécois (citations)

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