La bande dessinée européenne

JEAN
VAN HAMME

le maître du scénario




Voici le résumé du parcours professionnel du plus grand auteur BD de sa génération. Sa collaboration avec de multiples dessinateurs en ont fait le scénariste le plus populaire et sûrement le plus prolifique de la bande dessinée franco-belge.

Après des études d'économie politique et quatre licences universitaires, Jean Van Hamme poursuit durant 12 ans une carrière dans le marketing durant lesquelles il occupa notamment les postes de fondé de pouvoir de Philips-Belgique qu'il abandonne en 1976 pour ne plus se consacrer qu'à l'écriture.

Après avoir épousé le modèle du peintre-dessinateur Paul Cuvelier, il lui propose son premier scénario en 1968 Epoxy et enchaîne avec quelques pages de Modeste et Pompon avec Dino Attanasio et Mittéï, et de Gaton Lagaffe pour Franquin.

Peu après, il scénarise pour Paul Cuvelier les sixième et septième épisodes de Corentin. Cette collaboration a été interrompue par le décès de Cuvelier. Il conçoit également quelques récits de Magellan illustrés par Géri. Il propose à Greg, alors rédacteur en chef au journal Tintin, Histoire sans héros et le scénario est présenté à Dany qui en fera les dessins. Cet album, édité en 1977, connaît un grand succès et reçoit le prix Saint-Michel du meilleur scénario réaliste. Il reprend ensuite, des mains de Greg, les scénarii de Domino avec André Cheret, ce qui ne fut pas un succès.

En 1974, il scénarise également Michel Logan à la demande d'André Beautemps dont la mort en 1978 marquera la fin de cette série prometteuse. Il scénarisa également quelques épisodes de Tony Stark pour Edouard Aidans. Il fait ensuite une rencontre importante. C'est en 1976 qu'il entame sa collaboration avec le dessinateur Grzegorz Rosinski qui désirait faire de la BD. C'est le début de Thorgal.

En 1978, à la demande de Dany, il crée la série Arlequin. Les interventions de Dany dans le scénario rendent cette collaboration laborieuse et son manque de succès les amènent à l'abandonner.

Parce qu'il aimait bien le dessin de William Vance, il crée pour lui la série XIII dont la publication débutera en 1984. Ayant travaillé sur un projet de télévision qui avait avorté, Van Hamme en propose le scénario à Griffo et la courte série SOS bonheur voit le jour la même année.

En 1986 il publie dans le périodique à suivre une histoire décalée du nouveau testament appelée Le Grand Pouvoir du Chninkel qui est dessinée par son complice de la série Thorgal, Rosinski.

De 1977 au début des années 80, Van Hamme publie aux éditions Mercure une série de six romans. En 1990 il reprend, aidé de Philippe Francq aux dessins, les scénarios de ses romans en bande dessinée. Ainsi la série Largo Winch voit le jour. En 1992, il conçoit Les Maîtres de l'Orge (qui relate l'histoire de la bière au travers l'histoire d'une famille belge étalée sur près de 150 ans) en compagnie de Francis Vallès.

Après la mort de Edgar P. Jacobs, puis celle de Bob de Moor, il relève le défi de donner une suite à la série Blake et Mortimer et scénarise le 13e et le 15e album de la série (un autre album est en préparation).

À partir de cette époque, Van Hamme délaisse graduellement les grandes séries pour se consacrer à des projets de courtes collaborations avec des auteurs avec lesquels il désire sortir des sentiers battus.

Vingt ans après avoir connu le succès avec Histoire sans héros, il en écrit la suite et Vingt ans après est édité en 1997.

Ayant toujours voulu travailler avec Hermann, il lui propose une scénario pour un album one shot basé sur un fait divers qui lui avait été relaté lors d'une rencontre anodine lors d'une soirée. Lune de guerre est donc édité en 2000.

Inspiré de Mission Impossible la série Wayne Shelton dessinée par Christian Denayer voit le jour en 2001 et Van Hamme écrira le scénario des deux premiers albums.

Avec Rosinski, un peu blasé de dessiner Thorgal et désirant explorer de nouvelles possibilités graphiques, il scénarise une histoire Western qui paraît en 2001.

À l'automne 2004, il entame une collaboration avec Philippe Aymond et lance la nouvelle série Lady S..

À la lecture de ce court résumé professionnel, on est à même de réaliser l'ampleur de l'œuvre du maître du scénario. Étant un de ses fans des premiers jours, j'ai eu l'immense honneur de lire tous les ouvrages mentionnés dans cet article et je peux vous affirmer que parmi ce menu se trouvent plusieurs chef-d'œuvres.




(Lombard, 1977)
Scénario : Van Hamme, Dessins : Dany


Il est écrit au dos de la première édition :
Ils se sont rencontrés autour d'une idée. DANY, le dessinateur, rêvait d'un dessin différent. VAN HAMME, le scénariste, rêvait d'une histoire différente… Une histoire ou les «bons» ne sont pas toujours gagnants, et où ce ne sont pas forcément les mauvais qui perdent. En quelque sorte, une histoire sans héros… Une histoire qui pourrait VOUS arriver demain!

C'est l'histoire des survivants d'un crash d'avion survenu en pleine jungle qui prennent tous les moyens à leur disposition pour s'en sortir. Les uns y arrivent et d'autre pas. C'est l'histoire de la fatalité et de ceux qui savent se secouer et combattre pour survivre. Une fin surprenante.

Cet album est comme un bon film qui se regarde un samedi soir d'hiver avec un bon feu de foyer.


THORGAL
(Lombard, 1980)
Scénario : Jean Van Hamme, Dessins : Gregorz Rosinski


Seul Van Hamme pouvait avoir l'imagination assez fertile pour réaliser un personnage descendant d'extraterrestres vivant chez les Vikings tout en conjuguant avec les dieux de la mythologie nordique et des enfants doués de pouvoirs paranormaux.

Cette série est un grand succès en europe. Lors de la sortie de certains albums, les restaurants MacDonald d'Europe en faisaient la promotion au même titre qu'ils font la promotion d'un film de Star Wars ou du Parc Jurassique lors de la sortie en salle en Amérique.

Cette série, dont le dessin est d'excellente facture, a des moments très forts (les albums concernant sa rencontre avec son père et son grand-père) et des moments moins forts (Le mal bleu entre autres). N'en demeure pas moins qu'elle constitue un incontournable classique du genre.


(Dargaud, 1984)
Scénario : Jean Van Hamme, Dessins : William Vance

Lorsque le premier album de cette série a été publié, en 1984, j'avais écrit une critique qui le descendait. L'histoire de cet album est la même que «La mémoire dans la peau» de Robert Ludlum et je dénonçais ce plagiat. Van Hamme a admis plus tard, lors d'une entrevue, qu'il s'était servi de l'idée de base de Robert Ludlum et qu'il le regrettait. Je dois cependant admettre que l'histoire, au fil des albums, a évolué de façon toute différente.

Trouvé sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, XIII est amnésique. Il porte, à la clavicule gauche, un tatouage du chiffre romain XIII. Il se lance alors à la recherche de son identité mais découvre au fil des albums qu'il en a déjà eu plusieurs. Mais quelle est la vraie et quel est le cheminement de cet homme entraîné comme un commando qui s'aperçoit qu'il comprend et parle couramment l'espagnol.

Comme je l'ai déjà dit, je n'aimais pas cette série au départ, mais d'album en album, la richesse du développement du scénario jumelé à un dessin solide, m'a fait changer d'idée. À chaque album on a toujours l'impression que c'est la fin de l'histoire, mais Van Hamme a le génie de faire rebondir l'histoire à chaque fois.



(Dupuis, 1988)
Scénario: Van Hamme, Dessins: Griffo


Qu'est-ce qui arriverait si… ? C'est la question que les auteurs se posent dans cette série. Qu'arrive t'il lorsque le système devient plus important que l'individu. Cette série de petites nouvelles relate les histoires du type de celle de citoyens qui subissent les foudres l'état qui gère le système d'assurance maladie en mettant à l'amende les gens qui ne portent pas de foulard par temps froid afin de préserver les fonds publics ou celle de citoyens qui sont assignés à passer des vacances désignées par l'état en fonction de leur rang social.

Cette série, d'abord éditée en trois volumes puis reprise en un seul, comporte six nouvelles et une conclusion des plus inattendues qui nous amène à considérer notre société sous un angle différent.

Une excellente série, devenue la série fétiche de ma fille Joëlle.



(Casterman, 1988)
Scénario: Van Hamme, Dessins: Rosinski

L'idée de départ de Van Hamme pour ce projet était de créer un univers proche de celui de Tolkien. Quand Casterman lui demande des précision sur son vague synopsis, il imagine cette version libre du nouveau testament.

Il crée un univers gouverné par trois peuples constamment en guerre. Un esclave de race chninkel est chargé par «l'un» (grand maître absolu de l'univers) de les unir.

Cette histoire de 134 planches a d'abord été conçue en un seul album en noir et blanc, mais étant donné le succès, ils ont colorisé les images et réédité en trois albums.

On adore ou on n'aime pas du tout. Pour ma part, je trouve cette saga carrément géniale.



(Dupuis, 1990)
Scénariste : Jean Van Hamme, Dessins : Philippe Franq

Cette série relate l'histoire d'un enfant adopté, élevé loin de son père adoptif et qui hérite de son empire commercial valant 10 milliards de dollars. Ayant été élevé à la gitane, ce lanceur de couteaux se retrouve dans le monde huppé de la haute finance. Pas sa place… vraiment? Dans ce monde où il découvre son organisation infiltrée par des trafiquants de drogue et où l'arnaque financière est monnaie courante, son expérience d'aventurier devient fort utile. Mais il a sa façon bien personnelle de régler ses comptes.

Comme toujours, Van Hamme sait nous garder en haleine et comme chaque histoire est répartie en deux albums, il nous amène à nous questionner: piégé, Largo cherche toujours quelle arnaque financière est tentée contre lui, par qui et comment il s'en sortira.

J'adore cette série de type «Bob Morane» nouveau genre.



(Le Lombard, 1997)
Scénario : Van Hamme, Dessins : Dany

Cet album est la suite de «Histoire sans héros». L'action se situe, comme le titre le mentionne, vingt ans après et l'album a justement été publié vingt ans après le premier.

Que se passe-t-il avec les survivants du vol Corair 512? Voilà que, où qu'ils se trouvent dans le monde, ils sont victimes l'un après l'autre d'enlèvement, d'assassinat ou sont portés disparus. Laurent Draillac, le jeune adolescent de la première histoire est devenu un jeune industriel. Il devra retracer les survivants et retourner sur les lieux de l'écrasement de l'avion vingt ans plus tôt afin de solutionner l'énigme et sauver sa peau encore une fois.

Van Hamme a eu vingt ans pour penser et élaborer ce scénario et ça paraît. L'histoire est truffée de rebondissements inattendus et nous fait retenir notre souffle jusqu'à la fin. C'est un bon Van Hamme au sommet de sa forme. Quant à Dany, la qualité de son dessin ne se dément pas.

(Le Lombard, 2001)
Scénario : Jean Van Hamme, Dessins : Gregorz Rosinski


Pour cet album solo, Van Hamme a su distraire Rosinski de ses dessins de Thorgal et le dépayser vraiment. Rosinski expérimente ici la mise en couleur directe et a su donner une teinte d'époque à ce western pas tout à fait classique.

C'est l'histoire d'un jeune enfant dont le cours de la vie a été détourné par une attaque indienne dès son bas âge. Devenu manchot, il retrouve bien malgré lui ses origines mais le destin joue parfois des mauvais tours.

Le scénario est fertile en rebondissements et la fin inattendue. Une perle d'album que même ceux qui ne sont pas friands d'histoires de l'ouest apprécieront.





À propos de l'auteur de cette page:

Ma formation de base en est une de technicien en électronique. Après avoir été un des pionniers de la réparation des ordinateurs (j'ai commencé à les réparer en 1974), je me suis spécialisé en réseaux de télécommunications dès les débuts des réseaux informatiques. Au fil des ans, j'ai acquis une certaine expérience et notoriété dans ce domaine c'est pourquoi un syndicat FTQ (la Fraternité Inter-Provinciale des Ouvriers en Électricité) m'a recruté pour assujettir les techniciens en infrastructure de réseaux à l'industrie de la construction.

Mon travail consiste à élaborer des programmes de formation pour les travailleurs de cette industrie et à représenter le syndicat au sein de comités internationaux. Au fil des ans s'est rajouté la direction du personnel de soutien du syndicat qui est réparti dans 10 bureaux en province. Étant donné ma formation, je m'occupe également du déploiement des nouvelles technologies dans l'organisation.


Je suis au début de la cinquantaine et j'ai deux filles de 22 et 23 ans toutes deux parties de la maison depuis 4 ans. Marcelle est ma fidèle compagne depuis 27 ans.

J'ai commencé à lire des bandes dessinées dans le journal Tintin que je m'achetais avec l'argent que je gagnais en passant «La Presse» au début de mon adolescence. J'avais une petite collection de BD et quand je me suis marié, j'ai aménagé des bibliothèques pour les mettre et j'ai pris l'habitude d'en acheter une par semaine depuis. J'en ai maintenant plus de 2000. De temps à autre je dois en sacrifier un certain nombre pour faire place à ceux qui entrent car la maison n'est pas extensible. Il y a 5 ou 6 ans, j'ai acheté ma première statuette de BD. J'en ai maintenant une dizaine. Ça va beaucoup moins vite que les BD (ce n'est pas dans la même fourchette de prix ;-))

Il m'arrive de clavarder sur Internet avec le surnom de «BigTaz». Pourquoi BigTaz? Allez donc savoir pourquoi?




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