L'histoire du Canada selon Yvon Deschamps




Humoriste, monologuiste, acteur et chanteur, Yvon Deschamps est un artiste aux multiples talents. Sa carrière d'humoriste débute en 1968 lors de la fameuse tournée de «l'Osstidshow» où son désormais célèbre monologue «Les unions, qu'ossa donne?» connaît un grand succès auprès du public. Au cours des années suivantes, les monologues et les salles combles se succèdent. Contrairement à plusieurs artistes de sa génération, le succès de Deschamps ne semble pas diminuer avec le temps.

Yvon Deschamps Ses monologues intelligents et drôles ne manquent pas de faire réfléchir le public sur les paradoxes et les ironies de la vie. Ses chansons sont souvent touchantes et font passer l'auditoire à travers toute la gamme des émotions. Il parle au public comme à un copain avec qui il serait assis en train de prendre un verre sur une terrasse. Son discours est souvent engagé, parfois controversé mais toujours hilarant. Par le billet de l'humour, Deschamps dénonce les injustices sociales, la pauvreté, l'intolérance, le racisme, le sexisme, l'exploitation et j'en passe.


C'est avec Yvon Deschamps que débute une nouvelle tradition d'humour au Québec qui se perpétue de nos jours avec un très grand nombre d'artistes de tous âges. Claude Meunier, un de nos plus talentueux humoristes, a dit de Deschamps qu'il est «un personnage historique qui a probablement le plus contribué à la réflexion sur la question nationale. C'est un personnage écouté, un éveilleur social et politique.» Un autre humoriste de talent, Pierre Légaré a écrit «Tous les humoristes québécois, sans exeption, utilisent une ou plusieurs voies qu'a découvertes, tracées, ou pavées Yvon.»

Les monologues de Deschamps sont tous plus savoureux les uns que les autres et je vous incite fortement à les découvrir. Compte tenu du sujet principal de ce site, j'ai choisi de reproduire ici les paroles d'une de ses meilleures chansons. Celle-ci survient à la fin d'un long et hilarant monologue sur l'histoire du Canada. Elle rappelle les grandes périodes de notre histoire avant d'aborder le sujet de la crise d'identité des Québécois. La mélodie change à plusieurs reprises et ajoute grandement à l'effet comique. Les paroles à elles seules ne sont qu'une incomplète réflexion de l'oeuvre et je vous encourage fortement à l'entendre plutôt que de simplement la lire. Elle a été enregistrée lors du spectacle de 1972 intitulé «Je suis moi».

Je suis moi (1972)

(Refrain: )
Je suis moi! (x 3)
Et personne d'autre!
Trois siècles d'histoire ont dû passer
Pour que je puisse enfin crier:
Je suis moi! (x 3)

(mélodie Renaissance)
J'étais Français pour commencer
Mais comme j'aimais bien voyager
Pour les Indes je m'suis embarqué
C'est ici, c'est ici, que je m'suis retrouvé.

(musique tribale amérindienne)
C'était plein d'plumes de flèches et d'carquois
Sans compter toutes les belles p'tites squaws
On s'est frôlé dans les sous-bois
C'est comme ça, c'est comme ça, que j'suis devenu moi.

(le reel)
Mais les Anglais sont arrivés
Ça a pas mal cassé not' party!
Swigne la bacaisse dans l'fond d'la boîte à bois
J'me d'mande encore pourquoi j'suis resté là
Y'étaient une gang, ils parlaient fort
Moi j'étais déjà à moitié mort!
La chaîne des hommes, la chaînes des dames,
Toute suite compris qu'ils étaient une maudite gang!
Sont devenus les boss du pays
J'aurais donc dû paqueter mes p'tits!
Mais j'suis pas reparti, j'sais pas pourquoi
J'suis resté pis j'suis devenu moi!

(Refrain)

(musique rock n' roll)
À force d'attendre après quelque chose
C'est arrivé à mon insu!
Pour finir ma métamorphose
L'Oncle Sam nous est tombé d'ssus!
Je r'garde partout pis tout c'que j'voés:
Les U.S.A.
Y'était juste venu pour nous aider
Finalement y nous a acheté
On y'appartient, c'est notre roi!
J'plus tellement sûr que je suis moi!
Je r'garde partout pis tout c'que j'voés:
Les U.S.A.
Pas étonnant que j'sois mélangé!
Je r'garde partout pis tout c'que j'voés:
Les U.S.A.

Y'est-tu trop tard pour tout changer
Ou j'vais-tu toujours continué à être mélangé?

(chanson à répondre)
J'tu Français, Yankee ou Anglais? (x 2)
J'aimerais ça si quelqu'un l'savait! (x 2)
J'sais plus comment m'appelle, j'sais plus comment me nomme! (x 2)

Faut qu'j'accepte d'être tout à la fois! (x 2)
C'est ça que j'suis quand je suis moi! (x 2)
J'sais plus comment m'appelle, j'sais plus comment me nomme! (x 2)

Je suis l'mélange de toute cette gang-là! (x 2)
J'suis fier pareil d'être Québécois! (x 2)
J'suis bien content pareil d'être Québécois! (x 2)
J'suis bien content pareil car je suis moi!

(Refrain)


En terminant, j'aimerais glisser un mot sur un soi-disant «scandale» qui a éclaté au sujet d'Yvon Deschamps en 1998, question d'écarter certaines accusations mensongères et sans fondements qui furent véhiculées à son égard. Au centre de la ridicule controverse, on retrouve un excellent monologue de Deschamps intitulé «Nigger Black». Dans son discours, l'humoriste s'attaque, par le billet des Olympiques, aux préjugés de la société (envers tout ce qui bouge; les Français, les Chinois, les Noirs, les homosexuels, etc.) en les grossissant pour ainsi les rendre complètement absurdes. Inutile d'être un génie pour comprendre que le but du monologue (but qu'il rempli très bien d'ailleurs) est de faire réaliser à l'auditoire à quel point ces préjugés sont ridicules et stupides.

En 1998, la compagnie Provigo inclua le CD qui contient ce monologue dans un ensemble promotionnel. Un résident de Pierrefonds, un type tout juste arrivé de Toronto qui ne parle pas un traître mot de français, met la main sur une copie du CD (qu'il n'aurait sûrement pas acheté si ce n'était pas de la promotion). Les deux seuls mots qu'il reconnaît sur l'emballage sont «nigger» et «black». Notre pauvre monsieur torontois, outré, contacte alors le journal montréalais The Gazette et c'est ainsi que part le bal.

Au lieu de prendre le temps de voir de quoi il s'agit exactement (ou peut-être que personne à The Gazette ne parle assez bien le français pour comprendre ou même pour savoir qui est Yvon Deschamps), le journal anglophone publie son scandale en première page: «Store selling racist tape» (magasin vend album raciste). La communauté anglophone (pour qui Yvon Deschamps est un parfait inconnu) s'indigne, la Coalition des Noirs du Québec saute sur l'occasion en accusant Provigo des pires machinations. Paniquée, la direction du magasin retire l'album de ses étagères.

Résultats de toute cette histoire, le préjugé qu'ont certains Canadiens anglophones d'un Québec intolérant à l'égard de ses minorités est renforcé. La Coalition des Noirs continue sa croisade et désire que le monologue soit banni complètement. Assez ironique de voir que ce monologue qui attaque et ridiculise les préjugés soit lui-même dénoncé comme raciste alors qu'il est en fait tout le contraire. Dommage que personne dans cette histoire n'ait pris la peine de l'écouter.

À ce jour, certaines personnes demeurent convaincues qu'il s'agit là d'un scandale épouvantable. Mais maintenant vous, chers lecteurs et chères lectrices, connaissez le vrai fond de l'affaire. La morale de l'histoire, ne croyez pas tout ce que vous lisez dans le journal… surtout si ce journal est The Gazette! Héhéhé…




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