| Selon des documents judiciaires français, il participait au plus haut niveau à la coordination des réseaux de soutien au GIA, le Groupe Islamique Armé, fondé en Algérie et responsable de dizaines d'attentats meurtriers dans ce pays, en France et ailleurs. Parmi ses contacts: Abou Zoubeida, responsable du recrutement dans les camps afghans d'Oussama ben Laden. Au début des années 1990, Kamel participe à la création du bataillon des moudjahidines en Bosnie. Il prend lui-même les armes, se battant coude à coude avec plusieurs compagnons. | Oussama ben Laden |
| Après une longue enquête et une filature, les policiers ont une bonne idée de l'adresse d'un des membres du groupe. Le 29 mars 1996, les hommes du Raid, l'unité d'élite de la police, passent à l'action. Les policiers font sauter la porte, les terroristes ripostent à coups de Kalachnikov et d'armes automatiques. Le feu se déclare et finalement, la maison s'écroule sur ses occupants.
Les autres membres du groupe de Roubaix, logés dans d'autres lieux, prennent la fuite. Alertés, les gendarmes belges procèdent à un contrôle routier. Ils arrêtent une Peugeot 305. Les deux occupants ouvrent le feu. Les policiers ripostent. Ils tuent le passager: il s'agit de Christophe Caze. Son complice s'enfuit à pied et entre dans la villa cossue d'un dentiste. Là, il prend en otages deux femmes. Blessé, il finit par se rendre. |
On évacue les corps du repaire terroriste de Roubaix, le 29 mars 1996. (Photo La Voix du Nord) |
| En avril 1998, Atmani quitte Montréal et s'envole vers la Belgique. Après un séjour en Europe, il revient au Canada en passant par les États-Unis, muni d'un faux passeport canadien. La Gendarmerie royale du Canada lance finalement un mandat d'arrêt contre lui le 14 octobre. Le mandat précise qu'il utilise sept identités différentes et qu'il est lui aussi soupçonné d'appartenir au GIA. "L'individu est soupçonné de participer à des activités criminelles au Canada (vols, méfaits et fraudes), ajoute le mandat. Atmani est connu par différents organismes d'application de la loi comme un extrémiste islamiste très violent. Pendant une opération policière à Montréal, il a été intercepté en possession d'une arme blanche." | Atmani (à droite) lors de son accusation au tribunal correctionnel de Paris, le 27 septembre 2001. (Photothèque La Presse) |
| Après plusieurs arrestations et perquisitions fructueuses, le juge Bruguière demande aux autorités judiciaires canadiennes de faire témoigner plusieurs personnes relativement à ses recherches sur le réseau de Kamel. Le premier témoin est Mohamed Omary. La juge de la Cour supérieure prévient alors Omary... que rien ne l'oblige à parler! Omary se lève, se présente à la barre et déclare, tout naturellement: "Je n'ai rien à dire." Puis il quitte la salle d'audience et le palais de justice. Bruguière et son collègue, Jean-François Ricard, n'en croient pas leurs yeux et leurs oreilles. Ceux qui assistaient à l'audience avaient envie de leur dire: "Bienvenue au Canada!" se rappelle un témoin.
En France, les juges antiterroristes peuvent retenir un suspect pendant 96 heures d'affilée pour l'interroger. Le suspect n'a pas le droit de contacter son avocat avant un délai de 24 heures. Il est obligé de parler, sans quoi il reste tout simplement détenu. |
Le juge Jean-Louis Bruguière |
| Le 9 février, le juge Yvon Pinard, de la Cour fédérale, maintient le refus de la Commission de lui délivrer un statut de réfugié. Les conséquences de cette décision sont à peu près nulles. Ressam n'est pas expulsé. Personne ne l'embête. Il vaque à ses occupations comme si de rien n'était. En 1996, il déménage avenue de la Malicorne, en compagnie de Saïd Atmani et de Mustapha Labsi. Dans cet appartement, il côtoie le chef du réseau de faux papiers Fateh Kamel. Il y reçoit des appels téléphoniques de Turquie, de France, de Belgique et d'ailleurs. | Ahmed Ressam |
| Ahmed Ressam commet son premier vol (du moins connu) six mois après son arrivée au Québec. Son ami Mustapha Labsi, un tout petit homme de 24 ans, l'accompagne. Les deux amis se baladent dans le magasin Sears, situé au Carrefour Angrignon à LaSalle, en banlieue ouest de Montréal. Ils s'approchent d'une dame de 70 ans et tentent de s'emparer de son porte-monnaie dans son sac à main, mais sans succès. Une agente de sécurité épie leurs gestes. Non sans difficulté, on lui passe les menottes et l'amène au poste de sécurité de Sears. On demande à Labsi de les suivre. On appelle le Service de police de la Communauté urbaine de Montréal. Les deux petits voleurs sont sommés de comparaître à la cour municipale de LaSalle. | Le magasin Sears du Carrefour Angrignon, où Ressam a commis son premier vol connu (Photo: Rémi Lemée, La Presse) |
| Ressam racontera plus tard avoir reçu un entraînement en Afghanistan pour manipuler des armes légères, des armes de poing, des petites mitraillettes et un lance-roquette. Il explique que les chefs du camp avaient l'habitude d'acheter les armes et les munitions aux talibans. Il a également reçu un entraînement en fabrication d'explosifs. On lui a également enseigné les techniques de sabotage, ou comment attaquer les infrastructures d'un pays. Il a également reçu un entraînement pour la guérilla urbaine. Il racontait encore que les membres de sa cellule devaient se rencontrer au Canada pour y braquer des banques, puis ramasser l'argent pour un attentat aux États-Unis qui devait avoir lieu avant la fin de 1999. | Des terroristes à l'entraînement dans un camp d'Oussama ben Laden, en Afghanistan. La photo est tirée d'un vidéo tourné le 19 juin 2001 et distribué par Al-Qaeda. |
| Les policiers américains placent sur écoute tous les numéros de téléphone qu'a composés Ressam à partir de son cellulaire, et tous ceux dont il a reçu des appels. Un des numéros de téléphone composés par Ressam est celui d'un appartement de New York. Cette résidence est occupée par le ressortissant algérien Abdel Meskini. La police place la ligne sur écoute. Les enquêteurs constatent que Meskini revient tout juste de Seattle. Soudain, un agent du FBI capte une conversation. C'est Mokhtar Haouari qui téléphone à Meskini de Montréal. Son débit de voix est fébrile: "Change tes numéros de téléphone, de téléavertisseur et de cellulaire. Jette-les. Quitte cet endroit... laisse tout et va-t'en." | Mokhtar Haouari |
| Dans les années 70, Breault se convertit à l'Islam et s'impose rapidement dans le milieu musulman. Sa notoriété attire l'attention des enquêteurs antiterroristes du SPCUM. Patiemment, ces derniers tissent des liens avec lui, tout en le payant pour des informations. Un bon jour, ils réclament son aide pour une enquête sur un gros trafic d'armes. Le coup porte: Breault prend goût à son rôle d'agent secret. Le SCRS le prend à son compte. L'agence fédérale est en manque d'informateurs musulmans. Le SCRS lui fait un pont en or, Breault se hisse à la tête de plusieurs organismes, comme la Fondation internationale musulmane du Canada, Pétro Action, l'Institut international de recherche islamique, la Communauté de la nation musulmane du Grand Montréal, la Grande mosquée, Info-islam et la revue Le Monde islamique. | Gilles Breault, alias Youssef Mouammar, en 1988. |
| Les informations contenues sur cette page proviennent en grande partie d'une excellente série d'articles écrite par le journaliste André Noël et parue dans le quotidien La Presse du premier au 14 décembre 2001. Si vous désirez lire la fascinante enquête de Noël dans son intégrité, visitez le site de La Presse à cyberpresse.ca |