Ô CANADA!





L'origine de ce qui est maintenant l'hymne national du Canada en surprendra plusieurs.


La fédération canadienne de 1867 eut pour effet immédiat de mettre fin au cauchemar du Canada-Uni et de remettre les Québécois en position de majorité dans leur province. Les marches et les chants patriotiques devinrent alors de plus en plus à la mode. C'est vers la fin du XIXe siècle que débutent d'ailleurs les défilés de la Saint-Jean-Baptiste à saveur patriotique.

La Saint-Jean du 24 juin 1880 réservait une surprise aux Québécois. Toutes les sociétés Saint-Jean-Baptiste francophones du Canada et des États-Unis furent conviées dans la ville de Québec pour une grande célébration de leurs origines culturelles communes. Le comité organisateur avait commandé pour l'occasion un nouveau chant national. On choisit à l'unanimité les paroles d'un poème composé par le juge Adolphe-Basile Routhier et on demanda à Calixa Lavallée d'en composer la musique. Lavallée, originaire de Verchères, avait servi dans l'armée de l'Union pendant la guerre civile américaine et avait également été chef d'orchestre et directeur artistique de la New York Grand Opera House avant de revenir au Québec.

En ce matin du 24 juin, une foule énorme se dirigea vers les plaines d'Abraham pour assister à la messe traditionnelle. Elle fut suivie par un grand défilé dans les rues de la vieille capitale auquel prirent part plus d'une centaine de sociétés et d'associations canadienne-françaises. Les spectateurs y applaudirent de nombreuses fanfares et plusieurs chars allégoriques représentant les villes et villages du Québec et les sociétés Saint-Jean-Baptiste de l'Ontario, de l'Acadie et d'une douzaine d'états américains.

En soirée, la population fut conviée au pavillon des patineurs pour un grand banquet, ponctué de discours et de chants patriotiques. Des bannières suspendues saluaient la grande famille francophone d'Amérique. Sous la direction de Joseph Vézina, l'orchestre assemblé pour l'occasion était composé de trois corps de musique; le corps de Beauport, celui de Fall River ainsi que celui du 9e Bataillon de la milice (mieux sous le nom «Les Voltigeurs de Québec»). Pendant la soirée, on annonça le nouveau chant patriotique et l'orchestre l'éxécuta devant une foule silencieuse et émue.
CHANT NATIONAL


La prestation fut ensuite longuement applaudie par une foule envoûtée. Les Canadiens français avaient enfin un hymne bien à eux qu'ils entonneraient pendant plusieurs décennies. Voici les paroles de la version originale du juge Routhier:

Ô Canada! Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux!
Car ton bras sait porter l'épée,
Il sait porter la croix!
Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.
Et ta valeur, de foi trempée,
Protégera nos foyers et nos droits,
Protégera nos foyers et nos droits.

Sous l'oeil de Dieu, près du fleuve géant,
Le Canadien grandit en espérant.
Il est né d'une race fière,
Béni fut son berceau.
Le ciel a marqué sa carrière
Dans ce monde nouveau.
Toujours guidé par sa lumière,
Il gardera l'honneur de son drapeau,
Il gardera l'honneur de son drapeau.

De son patron, précurseur du vrai Dieu,
Il porte au front l'auréole de feu.
Ennemi de la tyrannie
Mais plein de loyauté,
Il veut garder dans l'harmonie,
Sa fière liberté;
Et par l'effort de son génie,
Sur notre sol asseoir la vérité,
Sur notre sol asseoir la vérité.

Amour sacré du trône et de l'autel,
Remplis nos coeurs de ton souffle immortel!
Parmi les races étrangères,
Notre guide est la loi:
Sachons être un peuple de frères,
Sous le joug de la foi.
Et répétons, comme nos pères,
Le cri vainqueur: «Pour le Christ et le roi!»
Le cri vainqueur: «Pour le Christ et le roi!»

Plusieurs version anglaises furent proposées dans les années suivantes, dont celle de l'avocat montréalais Robert Stanley Weir en 1908. Mais pour plusieurs anglophones, l'hymne britannique «God save the queen» demeure longtemps le chant préféré. C'est en 1980, peu avant le référendum et exactement un siècle après son inauguration à Québec, que l'oeuvre de Routhier et Lavallée fut adoptée à Ottawa comme hymne national du pays. L'hymne des anciens Canadiens français devenait ainsi celui de tout le pays. La version anglaise est basée sur la traduction de Weir, modifiée par un comité du Sénat et de la Chambre des communes. La version originale française n'a jamais été modifiée mais plutôt raccourcie.




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