Les martyrs de la Nouvelle-France


Eustache Ahatsistari: Ahatsistari était l'un des chefs de la nation huronne, membre de la tribu Attingueenongnahak. Le père Charles Garnier le décrit comme un homme d'une nature généreuse et noble ainsi qu'un grand guerrier huron. En 1641, à la tête de seulement 50 guerriers hurons, Ahatsistari mit 300 Iroquois en fuite et réussit même à capturer plusieurs d'entre eux. La même année, alors qu'il traversait le lac Ontario en canot, il fut attaqué par un grand nombre de canots iroquois. Plutôt que de prendre la fuite, Ahatsistari bondit dans un des canots ennemis et fendit le crâne d'un des guerriers et en jeta deux autres par dessus bord avant de sauter lui-même à l'eau. Nageant avec une main, il se servit de l'autre pour tuer les autres guerriers qui tentaient de s'approcher. Déconcertés, les Iroquois survivants prirent la fuite.

En août 1642, Ahatsistari et plusieurs de ses camarades accompagnèrent les pères Isaac Jogues et René Goupil ainsi que Guillaume Cousture qui quittaient Trois-Rivières pour la Huronie. Le petit groupe fut toutefois attaqué et capturé par une bande de guerriers iroquois (voir la page sur Guillaume Cousture). Ils furent emmenés comme prisonniers dans le pays des Mohawks. Pendant le voyage, les prisonniers subirent de cruels sévices. Les Iroquois tranchèrent les deux pouces d'Ahatsistari et introduirent dans ses plaies béantes de longues tiges de bois qui atteignirent ses coudes. Le brave Huron supporta le supplice sans broncher. Une fois au village, il fut condamné à mourir brûlé. Alors qu'il était consummé par les flammes, au lieu de demander à ses compagnons présents de le venger, il les pria de ne pas laisser la mémoire de sa mort devenir un obstacle à la conclusion d'un traité de paix avec les Iroquois.


Jean de Brébeuf
Jean de Brébeuf
Jean de Brébeuf: Né le 25 mars 1593 à Condé-sur-Vire en Normandie, Brébeuf était un des premiers pères jésuites à venir en Nouvelle-France. Il arriva à Québec en juin 1625 et alla vivre auprès des Montagnais et plus tard des Hurons. Il décrivit de façon admirable dans son journal le mode de vie et les moeurs de ces premiers peuples. Ces notes qui furent par la suite reproduites dans les Relations des Jésuites sont aujourd'hui précieuses pour nous aider à comprendre la vie des Hurons avant les guerres et les épidémies qui décimèrent leurs populations. Il traduisit un cathéchisme et plusieurs prières dans la langue des Hurons et entreprit même la rédaction d'un dictionnaire et d'une grammaire.


Brébeuf établit plusieurs missions en Huronie dont celle de Ihonatiria (Saint-Joseph). Peu après l'arrivée des Européens, les Hurons furent ravagés par plusieurs vagues d'épidémies (variole, grippe et dysentrie), ce qui rendit le travail de convertion de Brébeuf difficile et peu efficace. Lors d'une émeute en 1640, Brébeuf et les autres Jésuites furent sauvagement battus et la chapelle fut détruite. Mais c'est en 1642 que les vrais problèmes commencent. Soutenus par les Anglais dans leur entreprise, les Iroquois mirent en branle une vaste offensive contre leurs anciens ennemis les Hurons et leurs alliés français. Ils bloquèrent les routes commerciales et multiplièrent les pillages et les massacres sanglants. En 1647, la crainte des Iroquois était devenue telle que les Hurons refusaient d'entreprendre des voyages vers Québec.

Le 4 juillet 1648, alors que les guerriers hurons étaient partis pour échanger avec des voisins, les Iroquois attaquèrent les missions de Saint-Joseph et Saint-Michel en Huronie. Plusieurs habitants furent massacrés dont le père Antoine Daniel qui fut criblé de flèches. Les Iroquois prirent 700 prisonniers. Le 16 mars 1649, plus de 1000 Iroquois attaquèrent les missions de Saint-Ignace et de Saint-Louis où se trouvaient alors les pères Brébeuf et Lalemant. Les deux hommes furent fait prisonniers et amenés dans un village dans l'actuelle région de Midland, en Ontario.

Le père Jean de Brébeuf subit alors une des plus horribles et atroces tortures des annales de la chrétienté. Ces tortures furent rapportées par le donné Christophe Regnault qui put observer le cadavre. Le corps avait été sauvagement battu et avait reçu au moins 200 coups de bâtons. On avait arraché la chair des bras et des jambes de Brébeuf jusqu'aux os et on l'avait aspergé d'eau bouillante pour ridiculiser le sacre du baptême. Les Iroquois avaient également placé un collier de haches incandescentes autour de son cou et de son ventre et lui avaient arraché les lèvres parce qu'il ne cessait de parler de Dieu alors qu'ils le torturaient. Finalement, il fut scalpé et on lui arracha le coeur de la poitrine, probablement pour le dévorer (les Iroquois croyaient ainsi absorber les qualités de leurs ennemis).

La nation huronne toute entière fut bientôt décimée. Quelques survivants se réfugièrent chez des nations alliées du nord ou encore allèrent chercher refuge près de Québec où leurs descendants vivent toujours. Brébeuf fut proclamé Saint Patron du Canada en 1940.

Martyrs
Cette peinture raconte les supplices supportés par ceux qu'on a depuis surnommés les «Saint martyrs canadiens».


René Goupil: Baptisé le 15 mai 1608 dans le petit village de Saint-Martin dans le diocèse d'Angers, Goupil était déjà chirurgien lorsqu'il fit son entrée au noviciat de Paris en 1639. Il dut toutefois abandonner ses études à cause de sa surdité prononcée. Il décida alors de poursuivre une carrière de missionnaire et arriva à Québec en 1640. En 1642, Goupil se joignit au voyage qui quitta Trois-Rivières en direction de la Huronie en compagnie (entres autres) d'Isaac Jogues, de Guillaume Cousture, dâ'une jeune Huronne, Thérèse Khionreha et d'Eustache Ahatsistari. Le petit groupe fut attaqué et capturé par des Iroquois qui les amenèrent dans leur village (près de l'actuelle ville d'Auriesville dans l'état de New York). Le 29 septembre suivant, voyant Goupil faire le signe de croix sur le front d'un enfant malade, un Iroquois l'assassina à coups de hache. Il faut savoir que depuis plusieurs années, les colons hollandais racontaient aux Iroquois que les Français se servaient de ce geste pour «voler leurs âmes». René Goupil est aujourd'hui Saint Patron des anesthésistes, des sours et des malentendants.

Isaac Jogues: Né à Orléans le 10 janvier 1607, Jogues joignit les rangs de la Société de Jésus en 1624. Il enseigna la littérature à Rouen pendant plusieurs années avant d'être envoyé comme missionnaire en Nouvelle-France en 1636. Il alla presqu'immédiatement rejoindre le père Brébeuf qui oeuvrait déjà en Huronie. Il s'aventura très profondément en territoire inconnu, se rendant jusqu'à Sault-Sainte-Marie pour prêcher l'Évangile aux Amérindiens. Jogues rêvait de convertir non seulement les Hurons, mais aussi les Sioux qui vivaient plus au sud. Malheureusement ses plans furent interrompus par sa capture le 3 août 1642, alors qu'il quittait Trois-Rivières en direction de la Huronie.

Après 13 mois de tortures et de supplices insupportables, les Iroquois décidèrent qu'il serait brûlé vif. Toutefois, les Calvinistes hollandais de Fort Orange (aujourd'hui Albany dans l'état de New York) lui offrirent une occasion de s'évader en se cachant dans un bateau qui l'amena à New Amsterdam (aujourd'hui la ville de New York). Jogues fut ainsi le premier Français à visiter l'île de Manhattan. La description qu'il fit du petit établissement hollandais est aujourd'hui l'un des plus précieux documents historiques de la ville. Il retourna par la suite en France et fut accueilli avec tous les honneurs. Le Pape Urbain VII lui accorda l'exceptionnel privilège de célébrer une messe en sa compagnie, ce qui s'avéra difficle vu l'état pitoyable de ses mains. En effet, pendant sa captivité, plusieurs de ses doigts avaient été arrachés ou brûlés. Isaac Jogues
Isaac Jogues


Le courageux Jogues fut toutefois de retour en Nouvelle-France en 1644. Il fut envoyé auprès des Iroquois en 1646 afin de négocier une nouvelle paix. Il arriva à Ossernenon et fut bien accueilli par ses anciens bourreaux. Le traité de paix fut signé mais dès son retour à Québec, il demanda à retourner en Iroquoisie en tant que missionnaire. Ses supérieurs lui accordèrent leur permission et Jogues reprit, pour la dernière fois, le chemin de l'Iroquoisie.

Mais depuis sa dernière visite, plusieurs Iroquois étaient tombés malades et les récoltes avaient été très mauvaises. Les Iroquois blamèrent Jogues (qu'ils croyaient être un sorcier) et décidèrent de se venger. Jogues apprit la nouvelle mais décida de se rendre quand même à Ossernenon. Il fut déserté de tous ceux qui l'accompagnaient, sauf le le donné Jean de Lalande qui resta avec lui. Les Iroquois se saisirent de lui aux environs du lac George, le déshabillèrent et lui firent subir de nouveaux supplices. Tout son corps fut tallaidé à coups de couteaux et il fut battu à coups de bâtons. Ils l'emmenèrent ensuite dans leur village où, le 18 octobre 1646, il fut décapité par un tomahawk. Sa tête fut embrochée au bout d'un bâton que les Iroquois fixèrent à leurs palissades. Lalande subit un sort identique le lendemain.

Antoine Daniel: Né à Dieppe, le 27 mars 1601, Daniel étudia le droit mais abandonna ses études pour se joindre aux Jésuites en 1621. Il enseigna à Rouen pendant quatre ans, étudia la théologie à Clermont et fut ordonné prêtre en 1630. En 1632, Lalande et trois autres prêtres furent envoyés en Acadie. Un an plus tard, Daniel prit le chemin de Québec. Ses missions auprès des Hurons furent couronnées de succès, il fonda même une école pour jeunes Indiens à Québec en 1636. En 1648, le père Daniel fut capturé et sévèrement martyrisé par un groupe d'Iroquois dans le village de Teanaustaye près de l'actuelle ville de Hillsdale en Ontario. Après d'horribles souffrances, il fut finalement assassiné le 4 juillet 1648.

Charles Garnier: Né à Paris vers 1605, Garnier était le fils du trésorier de Normandie et reçut son éducation au collège Louis-le-Grand. Il joignit les rangs des Jésuites en 1624. Il fut ordonné prêtre en 1635 et partit pour la Nouvelle-France l'année suivante. Il consacra plusieurs années en tant que missionnaire parmi les Hurons avant d'être capturé par un groupe d'Iroquois le 7 décembre 1649 dans le village d'Etarita où il travaillait.

Noël Chabanel: Né près de Mende le 2 février 1613, Chabanel de joint aux Jésuites et 1630 et fut envoyé en Nouvelle-France comme missionnaire auprès des Hurons. Il devint l'assistant du père Garnier à Etarita et travailla à ses côtés pendant plusieurs années. En 1649, alors qu'il revenait de la mission voisine de Sainte-Marie, il fut assassiné par un Amérindien converti.

Gabriel Lalemant: Né à Paris en 1610, Lalement se joignit aux Jésuites en 1630, Il enseigna à Moulins pendant trois ans et après des études à Bourges, il fut ordonné prêtre en 1638. Il fit la demande d'être envoyé comme missionnaire en Nouvelle-France et son souhait se réalisa en 1646. Il devint l'assistant du père Brébeuf à Saint-Ignace. En 1649, le village de Saint-Ignace fut attaqué par un groupe d'Iroquois qui massacra tous les habitants, sauf les deux prêtres. Après d'abominables tortures, les deux prêtres furent assassinés le 16 mars 1649.


Isaac Jogues, René Goupil, Jean de Brébeuf, Gabriel Lalement, Charles Garnier, Noël Chabanel, Jean de Lalande et Antoine Daniel sont canonisés par pape Pie XI en 1930. L'église des Saints-Martyrs-Canadiens, rue Père-Marquette à Québec, perpétue aujourd'hui leur mémoire. Merci à monsieur Jean Quintal, un anesthésiste à la retraite, pour son aide et ses informations supplémentaires concernant René Goupil.


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