René Lévesque Photo



De tous les chefs qui marquèrent le Québec moderne, nul ne changea la face de l'état autant que René Lévesque. Qu'on soit en accord ou non avec ses objectifs politiques, on ne peut qu'admirer l'intégrité, l'honnêteté, le courage et les qualités de démocrate de cet homme qui gouverna le Québec pendant neuf ans. René Lévesque a atteint un statut mythique depuis son décès. Mais qui était donc cet homme?

René Lévesque naît le 24 août 1922 à l'hôpital de Campbellton, au Nouveau-Brunswick. Il grandit à New-Carlisle en Gaspésie. Fils d'avocat, il est l'aîné d'une famille de quatre enfants. Son père, Dominique Lévesque, décède alors que René n'a que 14 ans. Jeune homme, il entreprend des études en droit à l'université Laval mais il ne les termine pas. Il est expulsé pour avoir été surpris en train de fumer.



La guerre

En 1936, il obtient un emploi d'été comme annonceur et rédacteur de nouvelles dans la station CHNC de New-Carlisle. Mais c'est pendant la deuxième guerre mondiale qu'il fait ses véritables débuts dans le domaine des communications. Il est envoyé à Londres en tant que correspondant de guerre pour l'armée américaine. Alors seulement dans les débuts de la vingtaine, il découvre les atrocités de la guerre et les horreurs du camp de concentration de Dachau, en Allemagne. Puis, il est envoyé en Asie pour couvrir la guerre de Corée. En 1952, une carrière de journaliste s'offre à lui aux États-Unis, mais Lévesque choisit le Québec. Le jeune journaliste


Télévision et politique

De 1956 à 1959, Lévesque travaille à la télévision, entre autres à la populaire émission «Point de mire». Il est impliqué dans la grève des réalisateurs du réseau français de Radio-Canada en 1958. Au début de 1959, Lévesque se rend à Ottawa avec une délégation de grévistes. Sa rencontre avec le ministre du Travail, Michael Starr est pour lui un choc: "Starr ne comprenait même pas de quoi on parlait. Ça ne les avait pas tellement bouleversés à Ottawa. C'était juste le réseau français de Radio-Canada qui était fermé." Totalement ignorés et abandonnés de leurs soi-disant collègues du réseau anglais, dénoncés par la presse anglophone, les grévistes résistent et la grève s'allonge. En 1959, Lévesque est emprisonné avec d'autres grévistes. Après 68 jours de grève, le syndicat des réalisateurs est reconnu. L'indifférence d'Ottawa dans ce conflit contribue à l'éveil du nationalisme québécois moderne, qui viendra se substituer au nationalisme canadien-français. Cette grève est aujourd'hui considérée comme un des événements précurseurs de la Révolution tranquille.

En 1960, en réaction au vent de changement qui souffle sur le Québec, il se lance en politique. Il est élu en 1960 sous la bannière libérale de l'équipe Jean Lesage. Lévesque occupera le poste de ministre des Richesses naturelles de 1961 à 66. Il fut un des grands responsables du projet de nationalisation de l'électricité et de la création d'Hydro-Québec et un des acteurs importants de la Révolution tranquille. Dès le début de son mandat, Lévesque refuse systématiquement de se laisser acheter par des compagnies peu scrupuleuses, contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs. Par la suite, il participe activement aux modifications de la loi électorale afin d'encadrer les dépenses des partis politiques et des députés.

Le Parti québécois
Le Parti québécois Le 4 octobre 1967, les membres présents au congrès du Parti libéral refusent d'entériner (et même de discuter) le principe d'un Québec souverain. Lévesque quitte le congrès et ses vieux collègues, suivi d'une poignée de fidèles. Comme député indépendant, il fonde, le 19 novembre, le Mouvement Souveraineté-Association qui se transformera en Parti québécois en 1968. Contrairement aux autres partis, le PQ est financé exclusivement par ses membres. Le parti grandit au fil du temps. En 1970, il compte plus de 80 000 membres.

En 1967, Lévesque publie un manifeste d'une vingtaine de pages intitulé «Un pays qu'il faut faire» dans lequel il expose l'essentiel de sa pensée politique. Cliquez ici pour en lire un extrait.

C'est en mars 1970 que le PQ participe à ses premières élections. Il est défait face aux libéraux de Robert Bourassa, mais fait élire ses sept premiers députés, dont Camille Laurin et Claude Charron. Le chef du parti, Lévesque, est défait dans sa circonscription.

Suite à cette défaite, le mouvement clandestin du Front de Libération du Québec passe aux actes. Un diplomate britannique et un ministre libéral sont enlevés et ce dernier est éxécuté. Le 16 octobre, à la demande de Bourassa, le Premier ministre du Canada, Pierre Trudeau, invoque la loi des mesures de guerre et l'armée investit le Québec. Plusieurs centaines de personnes sont arrêtées et perquisitionnées sans mandat, dont plusieurs membres du PQ.

Au congrès du PQ de 1971, Lévesque est réélu à la tête du parti avec une forte majorité. Il menace toutefois de démissionner si les délégués ne reconnaissent pas les droits linguistiques de la minorité anglophone du Québec.

Pendant cette période, la Gendarmerie royale du Canada vole par effraction à Montréal la liste des membres du Parti québécois. On apprendra en 1972 que ce vol faisait suite à une demande du cabinet Trudeau. Belle démonstration de démocratie!

La victoire

Aux élections du 15 novembre 1976, à la surprise générale, le PQ prend le pouvoir. René Lévesque, nouveau Premier ministre du Québec, déclare : «Je n'ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d'être québécois» et encore «On n'est pas un petit peuple, on est peut-être quelque chose comme un grand peuple!» C'est l'euphorie dans les rues de Montréal alors que les partisans célèbrent la victoire tant attendue. Le parti a promis de soumettre son option souverainiste par voie référendaire au peuple d'ici la fin de son premier mandat.
VICTOIRE!
Victoire!


Pendant ce premier mandat, le PQ est l'auteur de plusieurs changements importants. La loi dont Lévesque demeurera le plus fier, est celle concernant le financement des partis politiques. Dans le but de rendre cette pratique plus transparente et démocratique, la loi stipule que tous les partis sont obligés de produire des rapports financiers et elle plafonne le financement populaire à 3000$ par électeur. Elle enjoint également les partis à dévoiler l'origine des dons qui excèdent 200$. Elle met ainsi fin aux pratiques de financement massif et de contrôle des partis par de riches investisseurs. René Lévesque fait également entrer la démocratie dans les foyers québécois par la diffusion des débats à l'Assemblée nationale à la télévision.

Au plan social, René Lévesque adopte plusieurs réformes. Grâce à lui, les allocations familiales augmentent, un système national d'adoption est mis sur pied, les assistés sociaux obtiennent une assistance médicale gratuite et le programme d'aide aux familles monoparentales est bonifié. L'entrée en vigueur de l'assurance-automobile marque un tournant pour des milliers d'automobilistes incapables de s'assurer. Dorénavant, les citoyens seront assurés à moindre coût et libérés des longs et coûteux processus juridiques.

Le 6 février 1977, Lévesque est impliqué dans un accident de la route qui fait une victime, un sans-abri de 62 ans, Edgar Trottier. Aucune accusation ne sera finalement portée contre lui. En novembre suivant, il est fait Grand Officier de la Légion d'honneur et récipiendaire de la médaille de la ville de Paris.

La loi 101

Certainement une des lois les plus importantes de René Lévesque est sa loi linguistique (la loi 101) et la Charte de la langue française. Cette initiative, en plus de faire du français la langue officielle du Québec, prend des mesures pour encourager la francisation des entreprises, l'obligation pour la majorité des enfants de fréquenter l'école française et celle pour les commerces d'afficher en français. Ces mesures importantes redonnent à la majorité francophone, si longtemps dominée par une minorité anglophone, l'impression d'être chez eux au Québec.

Le référendum

D'egal a egal Mais d'abord et avant tout, Lévesque prépare le référendum. Il base son projet souverainiste sur le principe de l'égalité des peuples. Pour lui, les Québécois forment un peuple, ni mieux ni pire que le peuple Canadien anglais, mais certainement distinct de ce dernier. Il emprunte l'approche modérée, expliquant que le référendum ne donne au gouvernement qu'un «mandat pour négocier» la souveraineté du Québec et l'association de celui-ci au Canada. La véritable souveraineté, elle, ne se ferait qu'après un second référendum.
TOUS POUR LE OUI


Ses adversaires politiques, eux, ne reculent devant rien. Le camp du NON, avec à sa tête Pierre Trudeau, Jean Chrétien et Claude Ryan, mène une véritable campagne de peur qui effraiera bien des gens. Parmi leurs menaces les plus célèbres, citons celle destinée aux personnes âgées : «Vous perdrez vos chèques de pension» et celles qui prédisaient une hausse phénoménale du coût de la vie et du pétrole. «On pourra plus mettre de gaz dans nos chars» pour citer Jean Chrétien. Un film de Louis Arcand couvre très bien cette période, il s'agit du long-métrage «Le confort et l'indifférence» que je vous recommande de voir.

Le 20 mai 1980, c'est le référendum. Une majorité d'environ 60% des Québécois vote NON au projet de Lévesque. Il cache très mal sa profonde et douloureuse déception lorsqu'il se présente devant la foule qui l'acclame pendant de longues minutes. En réaction à cet accueil, il déclare : «Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire: à la prochaine fois». Il dénonce les méthodes bien peu reluisantes de ses adversaires avant d'ajouter «j'ai confiance qu'un jour, il y a un rendez-vous normal avec l'histoire que le Québec tiendra et j'ai confiance qu'on sera là, ensemble, pour y assister.»

Malgré cette défaite, le PQ remporte les élections générales du 13 avril 1981. Lévesque promet de ne pas tenir de second référendum et décide de donner sa chance au Canada. Il multiplie les efforts pour impliquer les Anglo-québécois dans son parti et son projet, sans trop de succès.

La «réforme» promise par Trudeau n'est pas celle qu'on espérait. Le Premier ministre canadien organise le rapatriement de la constitution canadienne, et invite tous les Premiers ministres provinciaux à venir négocier certains points avant de la signer. Le 5 novembre 1981, tous les Premiers ministres rencontrent secrètement Trudeau pour signer la nouvelle constitution. Lévesque l'apprend le lendemain matin, et quitte Ottawa, furieux. On a baptisé cette nuit fatidique la «Nuit des longs couteaux». À ce jour, le Québec n'a toujours pas signé cette dernière version de la constitution canadienne.

Le beau risque

Le 16 octobre 1984, lors du discours inaugural de session de l'Assemblée nationale, René Lévesque considère la victoire de Brian Mulroney et des conservateurs sur la scène fédérale comme «un beau risque» à courir par le Québec. Le gouvernement Mulroney tentera effectivement, en 1990, de réparer la déchirure de 81 avec l'accord du lac Meech. L'entente sera finalement rejetée par Terre-Neuve et le Manitoba.

René Lévesque en 1985 Le 19 novembre 1984, dans une lettre adressée aux militants du Parti québécois, René Lévesque souligne que la souveraineté ne doit être l'enjeu de la prochaine élection «ni en totalité, ni en partie». La souveraineté devrait, selon René Lévesque, rester la suprême police d'assurance du peuple. Cette décision provoque une vague de mécontentement et de démissions. Plusieurs ministres et députés quittent le parti, dont Jacques Parizeau, Camille Laurin et Louise Harel.

Le 20 juin 1985, faisant face à trop d'opposition au sein de son propre parti, René Lévesque remet sa démission comme président du Parti québécois. Il quitte sa charge de Premier ministre le 3 octobre.


En 1987, il anime à CKAC l'émission «Point de vue sur l'actualité» ainsi que deux émissions spéciales à Télé-Métropole à l'occasion du sommet de la francophonie. Il profite aussi de sa retraite pour voyager à travers l'Europe et rédiger ses mémoires dans un livre intitulé «Attendez que je me rappelle». À la consternation générale, on apprend le décès de René Lévesque le premier novembre 1987, à l'âge de 65 ans. Il est inhumé à Sillery, dans le cimetière Saint-Michel, le 5 novembre. Félix Leclerc, un de nos plus grands poètes, écrira de lui: "La première page de la vraie histoire du Québec vient de se terminer. Dorénavant, il fera partie de la courte liste des libérateurs de peuples."

L'héritage de René Lévesque est encore bien présent aujourd'hui. Grâce à lui, la souveraineté du Québec qui était un objectif lointain et qui paraissait impossible à atteindre, est devenu une possibilité à la portée de tous. C'est avec lui que les Québécois ont déclaré haut et fort qu'ils ne constituaient pas seulement une minorité de plus au sein du Canada, mais peut-être quelque chose… comme un grand peuple.


Extrait du manifeste «Un pays qu'il faut faire»

Questions référendaires

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